Le manuscrit était prêt. Il avait bénéficié des leçons des poètes japonais et des primitifs flamands, des estampes d'Hiroshige et de l'art de la description du nouveau roman., il s'était nourri de toute l'humanité du kiosque, de tous ces témoignages des rescapés des guerres de la vie. Avec mes souvenirs qui remontaient à mesure que j'écrivais, j'avais reconstitué la tapisserie de mon enfance, laquelle se composait de trois panneaux. Comme un retable. Ouvert, les deux grands-pères encadraient notre Saine-Marie des écoles. D'un panneau à l'autre, au-dessus de la tête des miens, je pouvais voir l'orage couvant, puis menaçant, puis éclatant dans le déluge de la guerre. Refermé, il contenait toute mon espérance. De lui j'attendais qu'il me sauve

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Cette vie de si peu de joie, de si peu de tout, d'autant de maigres riens.
Ils n'ont pas encore réglé leur position de flâneurs enlacés, ils cherchent la meilleure formule, celle qui règle les pas, qui rend la démarche siamoise.
Les pluies de Noroît sont glaciales et fouettent le sang. Poussées par le terrible vent qui déferle de l'Atlantique, elles giflent à l'oblique. C'est de la limaille qui cingle le visage, des flèches d'eau qui vous percent et vous assomment.
Avec grand-père, on avait tout de la mouche du coche. On avait beau le mettre en garde, le prévenir en rapprochant les mains l'une vers l'autre que l'obstacle à l'arrière n'était plus qu'à quelques centimètres maintenant, il vous regardait avec lassitude à travers la fumée de sa cigarette et attendait calmement que ses pare-chocs le lui signalent. A ce jeu, la carrosserie de la 2 CV était abîmée de partout, les ailes compressées, les portières faussées. La voiture y avait gagné le surnom de Bobosse.
Si vous ne vous lancez pas, un peu comme un parachutiste convaincu que la toile va s'ouvrir, il n'y a pas d'écriture en tant que telle. Écrire, c'est se jeter dans le vide en se disant je serai rattrapé; par le sens, évidemment.
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Dans la même œuvre

C'est un sentiment que je connaissais bien, ce besoin de rectifier sa position dans le miroir de l'autre. Une façon de dire ne vous méprenez pas sur moi, ne tirez pas de conclusion à partir de ce que vous percevez. Tentation de se démarquer de la fonction à quoi les gens vous réduisent. Et vous réduisent longtemps quand bien même elle n'est plus d'actualité.
J'avais beau avoir quitté le kiosque depuis des années, il se trouvait toujours des gens qui me renvoyaient au marchand de journaux. Ce qui ne partait pas toujours d'une intention bienveillante. Ce qui traduisait dans ce cas, en cherchant à me rabaisser, le peu d'estime qu'ils avaient pour la fonction.
Une des grandes surprises du kiosque était non seulement la diversité des opinions, avec d'infinies nuances qui rendaient délicate une classification précise des convictions, mais l'absolue singularité de certaines réflexions, impossibles à ranger dans une nomenclature existante, recensées dans aucune des catégories mentales habituelles.
Tout me revient à mesure que je regagne le temps du kiosque, toute une galerie magnifique. Comme je leur dois à tous. Comme ils m'ont aidé à me concilier le monde, comme ils m'ont appris. Comme j'aimerais à mesure qu'ils s'invitent leur faire place qu'ils méritent ici.
Son statut de gérant de kiosque l'avait propulsé du côté des commerçants et des petits patrons, plus tout à fait au coude à coude avec les damnés de la terre, ce qui le contrariait un peu.