Sous trop de porches, des gens attendent , sûrs que la vie leur doit quelque chose, quelqu'un, et jamais ça n'arrive.
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Le langage joue une part importante. Les combattants du FLN par exemple, sont appelés tour à tour fellaghas et moudjahidines. Fellag, c'est le bandit de grand chemin, le coupeur de route, l'arpenteur des mauvaises voies, le casseur de têtes. Moudjahid, en revanche, c'est le soldat de la guerre sainte. Appeler ces hommes des fellaghas, ou des fellouzes, ou des fel, c'est — au détour d'un mot — les présenter comme des nuisances et estimer naturel de se défendre contre eux. Les qualifier de moudjahidines, c'est en faire des héros.
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C'est peut-être mieux, commenta Jock après un temps, de mourir avant les déceptions. Ce n'est pas comme si la vie tenait ses promesses.
Il déroule le mektoub dans le sens inverse à celui que lui prêtait son père : il ne s'agit plus de déchiffrer pas à pas un destin déjà écrit au ciel mais d'écrire le présent comme une histoire que les siècles futurs sauront lire.
De l'enfant, on tolère qu'il ne fasse rien, qu'il joue. De l'homme adulte, en revanche, on méprise l'inoccupation. Celui qui ne fait rien, dit-on au village, qu'il taille au moins sa canne.
En montrant qu'on est riche, on le devient moins. Ni Ali ni ses frères ne penseraient à mettre de l'argent de côté pour le faire "fructifier" ou pour les générations à venir, pas même pour les coups durs. L'argent se dépense dès qu'on l'a.
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L'amour, c'est bien, oui, dit Ali à son fils, c'est bon pour le cœur, ça fait vérifier qu'il est là. Mais comme la saison d'été, ça passe. Et après il fait froid.
Pendant les journées de gueule de bois, elle touche du doigt l'extrême difficulté que représente être vivant et que la volonté réussit d'ordinaire à masquer.
En montrant qu'on est riche, on le devient moins. Ni Ali ni ses frères ne penseraient à mettre de l'argent de côté pour le faire "fructifier" ou pour les générations à venir, pas même pour les coups durs. L'argent se dépense dès qu'on l'a.
L'affection du commerçant pour Hamid ne parvient pas à briser l'un des interdits tacites de la société coloniale : la séparation du domaine public et du domaine privé. C'est toujours dans l'épicerie que l'on accueille le petit garçon et son père, jamais dans l'appartement au-dessus.
Il lui paraît également évident que Hamid n'aura de choix dans la vie que s'il a reçu une éducation. C'est pour lui la seule arme dont dispose un fils de paysan.