On en connaît dans le pays de ces familles rétrécies, avec le fils qui vieillit entre le père et la mère ; on préfère ne pas penser à ce que ça donne quand les fils se retrouvent seuls ; on n'a pas besoin d'y penser, on le voit ; certains en rient dans les cafés quand on raconte les histoires d'untel ou untel, c'est peut-être la meilleure façon de s'arranger avec la tristesse.
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Le dictionnaire glissait sur la toile cirée beige, il avait des pages roses au milieu et Joseph s'était souvent demandé si cette couleur avait un rapport avec le Minitel rose
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On ne gratterait pas les vieilles plaies de solitude et de peur, on n'était pas armé pour ça, pas équipé, on s'arrangerait différemment.
La capacité de recommencement des femmes, et des hommes parfois, me terrasse, et m'émeut. C'est là, c'est donné, il suffit de regarder et d'écouter. Les femmes surtout, certaines, comme elles sont vaillantes, comme elles veulent y croire, et paient de leur personne, de tout leur corps qui fabrique les enfants, et les nourrit ; et elles se penchent, vêtent, nouent les écharpes, ajustent les manteaux, consolent vérifient admonestent caressent, ça ne finit pas. Comme elles sont dévorées et y consentent ou n'y consentent pas ou n'y consentent plus mais peuvent encore, font encore, parce qu'il le faut et que quelque chose en elles résiste, continue. C'est chaque jour et au bout des jours ça fait une vie.
Longtemps Claire avait tu ses enfances, non qu'elle en fut honteuse ni orgueilleuse, mais c'était un pays tellement autre et comme échappé du monde qu'elle n'eût pas su le convoquer à coups de mots autour d'une table avec ses amis de Paris. Elle avait laissé les choses parler pour elle.
Les bruits de la nuit n'appartiennent pas aux vivants.
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Dans cette ferme, on faisait encore vraiment attention aux bêtes, pas seulement pour l'argent, pour l'honneur aussi, et parce que les bêtes ne sont pas des machines, on sent le chaud de leur corps et leurs yeux posés sur vous ; l'hiver elles dépendent , pour les soins et la nourriture, ça fait devoir, on les connait et elles vous connaissent.
On en connaît dans le pays de ces familles rétrécies, avec le fils qui vieillit entre le père et la mère ; on préfère ne pas penser à ce que ça donne quand les fils se retrouvent seuls ; on n'a pas besoin d'y penser, on le voit ; certains en rient dans les cafés quand on raconte les histoires d'untel ou untel, c'est peut-être la meilleure façon de s'arranger avec la tristesse.
Il aimait bien les soirs, on restait devant la télévision, on ne la regardait pas forcément, on l'entendait, on était les trois dans son bruit, des images apparaissaient, disparaissaient, en fortes couleurs qui circulaient dans la pièce autour des corps, on baignait dans ces images, on était traversé par elles, on attrapait des morceaux, on sentait que le monde était vaste autour de la ferme et de ce pays tout petit dans lequel on aurait vécu