Le besoin qu’éprouve l’homme primitif de couvrir d’ornements son visage et tous les objets dont il se sert est l’origine même de l’art, le premier balbutiement de la peinture. C’est un besoin d’origine érotique, le même besoin d’où jaillissaient les symphonies d’un Beethoven. Le premier homme qui barbouilla un ornement sur la paroi de sa caverne éprouva la même jouissance que Beethoven composant la Neuvième. Mais si le principe de l’art reste identique, l’expression varie au cours des siècles, et l’homme de notre temps qui éprouve le besoin de barbouiller les murs est un criminel ou un dégénéré. Ce besoin est normal chez l’enfant, qui commence à satisfaire son instinct artistique en crayonnant des symboles érotiques. Chez l’homme moderne et adulte, c’est un symptôme pathologique.
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Le costume folklorique est le symbole de la résignation.
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Alors soit, l'épidémie de l’ornement est reconnue officiellement et subventionnée par des fonds d'État. Mais pour ma part, j'y vois une régression. Je récuse l'objection selon laquelle l'ornement accroît la joie de vivre d’un homme civilisé, je récuse l'objection qui s'habille des mots que voici : « Mais si l'ornement est beau… ! » Pour moi, et avec moi pour tous les gens cultivés, l'ornement n’accroît pas la joie de vivre.
Je mange selon mon goût, et ce n’est pas ma faute si la cuisine pompeuse des siècles passés, les pièces montées, les architectures de paons, de faisans et de homards me coupent l’appétit. Je traverse avec horreur une exposition culinaire, en pensant qu’il y a des gens qui mangent tous ces cadavres empaillés. Moi, je mange du roastbeef.
On sait que l’embryon humain passe dans le sein de la mère par toutes les phases de l’évolution du règne animal. L’homme, à sa naissance, reçoit du monde extérieur les mêmes impressions qu’un petit chien. Son enfance résume les étapes de l’histoire humaine : à deux ans, il a les sens et l’intelligence d’un Papou ; à quatre ans, d’un ancien Germain. À six ans, il voit le monde par les yeux de Socrate, à huit ans par ceux de Voltaire. C’est à huit ans qu’il prend conscience du violet, la couleur que le XVIIIè siècle a découverte. Car avant cette date les violettes étaient bleues et la pourpre rouge. Et nos physiciens montrent aujourd’hui dans le spectre solaire des couleurs qui ont déjà un nom, mais dont la connaissance est réservée aux générations à venir. Le petit enfant et le Papou tue ses ennemis et les mange : il n’est pas un criminel. Mais un homme moderne qui tue son voisin et le mange ne peut être qu’un criminel ou un dégénéré. Le Papou tatoue sa peau, sa pirogue, sa pagaie, tout ce qui lui tombe sous la main. Il n’est pas un criminel.
Que veut donc l'architecture au juste ? Il veut, en s'aidant de matériaux, susciter en l'homme des sentiments qui à proprement parler ne font pas encore partie intrinsèque de ces matériaux. Il bâtit une église. Les gens doivent être incités au recueillement. Il construit un bar. Les gens doivent s'y sentir à l'aise. Comment fait-on cela ? On cherche quels bâtiments ont déjà été autrefois capables de susciter ces sentiments. C'est à eux qu'il faut se rattacher. Car toute sa vie, l'homme a prié dans certains espaces, bu dans certains espaces. Ce sentiment lui est inculqué, il n'est pas inné. En toute logique, l'architecte qui prend véritablement son art au sérieux doit tenir compte de ces sentiments inculqués.
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Un m'as-tu vu est un homme qui s'habille avec l'intention expresse de se distinguer de son milieu. Il en appellera tantôt à l'étique, tantôt à l'hygiène, tantôt à l'esthétique pour justifier son sot comportement.
Les changements formels ne doivent pas procéder du besoin d'innover, mais du désir de perfectionner encore ce qui est bon. Il ne s'agit pas de donner un nouveau siège à notre époque, mais le meilleur siège possible.
Le costume folklorique est un vêtement qui s'est figé, qui n'évolue plus, et celui qui le porte avoue par là même qu'il renonce à modifier sa condition. Le costume folklorique est le symbole de la résignation.
Chaque matériau a son propre langage formel, et aucun ne peut parler une langue étrangère. Car les formes se sont élaborées à partir des possibilités d'utilisation et du mode d'obtention de chaque matériau. Elles sont apparues avec le matériau et par le matériau.