La mort unie les êtres, soude les villages. On l'aime pour cela. Sa menace rapproche les hommes. La mort, vous le voyez, est la pire ennemie de la solitude.

À lire aussi de Clara Dupont-Monod

A quoi servent ces grands édifices ? Il faut être stupide pour vouloir égaler le ciel. Croire en Dieu c'est déjà se construire sa propre cathédrale invisible. On n'a pas besoin de l'extraire de soi pour la planter sur un parvis.
Pourquoi devrais-je entrer dans une boîte en forme de cercueil et fermer un rideau pour parler à Dieu ?
Je suis un être de mots. Là est le vrai pouvoir. Il suppose la maitrise d'une puissance redoutable, celle du langage.
Dans l'église, tout le monde récite les textes comme on déclare son nom. C'est quelque chose de familial. Dieu est un lointain cousin. Personne ne songe à remettre en cause une parenté.
Le pouvoir ne tolère ni la dévotion ni la sincérité absolue.
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La joie est stupide. Elle s'offre facilement. C'est l'émotion la plus reconnaissable, donc la moins perfide. Elle fendille les visages avec la stupeur un peu niaise de se découvrir léger. Rien n'est plus angoissant qu'un être joyeux.
Regretter un combat est bien pire que de le perdre.
La joie produit de mauvais combattants. Je lui préfère la colère, c'est une autre histoire. Elle fait bouillir le sang. Elle est la forme même de la vie, sa première vocifération. Elle peut trahir. J'aime la colère parce qu'elle a toujours quelque chose à révéler.
J'aime la colère parce qu'elle a toujours quelque chose à révéler.
Écrire un poème, c'est s'offrir une trêve. Mieux : le rêve de ce qu'on ne sera pas. Les guerriers y abaissent leurs armes. Les pillards s'y découvrent mécènes. Les laides s'inventent ravissantes et les lâches, en quelques vers, tracent de grandes histoires de courage.