La maison où il n'y a plus de mère, dit le proverbe kabyle, même quand la lampe est allumée, il y fait nuit.

À lire aussi de Alice Zeniter

Sous trop de porches, des gens attendent , sûrs que la vie leur doit quelque chose, quelqu'un, et jamais ça n'arrive.
Parfois tu es aussi con que mes élèves, lui dit Romain. J'entends ça toute la journée : « M'sieur, je peux pas être raciste, je suis noire ! », « Je peux pas être raciste, je suis arabe ! ». À part ça, ils se foutent tous de la gueule des Asiatiques, des Chrétiens, des Roms… Mais ils sont persuadés qu'ils sont vaccinés contre le racisme par leur couleur de peau et que c'est un mal qui n'arrive qu'aux autres.
Elle se laisse couvrir de bijoux qu'elle ne connait pas : khalkhal, tabzimt. Elle répète les noms comme des formules magiques. Alourdie par l'argent vieux de plus d'un siècle, elle cherche à voir si les parures la transforment en princesse berbère mais ce n'est que son visage habituel qu'elle trouve dans la glace, celui d'une Parisienne de trente ans, ridiculement déguisée.
La chance brise les pierres, dit-on parfois là-haut, sur la montagne.
Je suis de la génération qui ne peut pas accueillir toute la misère du monde mais l'inverse serait souhaitable et puis et puis je suis de la génération qui conduit des scooters, qui vole des scooters, qui peut payer des tests d'ADN pour retrouver ses scooters, je suis de la génération des 17 millions de personne qui lisent de la presse people en France, et surtout je suis de la génération à qui on ne cesse de répéter qu'elle vivra plus mal, qu'elle vivra moins bien que, je suis de la génération du chômage, de la bulle immobilière, du camp de Sangatte, du Showcase, de la naturalisation monégasque, de la fuite des capitaux, du bouclier fiscal, de l'abolition des 35 heures, de la prime des transports, du logiciel Edvige et de l'interdiction de coups de téléphone sur simple soupçon que j'appartiens à une bande organisée, à une génération sans ordre, à la génération qui a perdu Kurt Cobain mais à qui on répète qu'elle peut gagner la bataille du pouvoir d'achat.
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Dans la même œuvre

L'amour, c'est bien, oui, dit Ali à son fils, c'est bon pour le cœur, ça fait vérifier qu'il est là. Mais comme la saison d'été, ça passe. Et après il fait froid.
Pendant les journées de gueule de bois, elle touche du doigt l'extrême difficulté que représente être vivant et que la volonté réussit d'ordinaire à masquer.
En montrant qu'on est riche, on le devient moins. Ni Ali ni ses frères ne penseraient à mettre de l'argent de côté pour le faire "fructifier" ou pour les générations à venir, pas même pour les coups durs. L'argent se dépense dès qu'on l'a.
L'affection du commerçant pour Hamid ne parvient pas à briser l'un des interdits tacites de la société coloniale : la séparation du domaine public et du domaine privé. C'est toujours dans l'épicerie que l'on accueille le petit garçon et son père, jamais dans l'appartement au-dessus.
Il lui paraît également évident que Hamid n'aura de choix dans la vie que s'il a reçu une éducation. C'est pour lui la seule arme dont dispose un fils de paysan.