La lune surgit d'un amas de nuages, le bois délavé par les pluies brilla comme une chair à vif. Où étais – tu, maman la lune ? Dans quelle misère te cachais – tu ? Dans quel bonheur ? Les deux errants éclairés de cette lumière du ciel entrèrent dans la case. La chaleur était à crier, d'un seul coup la sueur les inonda.

À lire aussi de Edouard Glissant

Ce pays d'avant nous démarra de nos corps, que nous n'avons pas ensouchés dans le pays – ci.
Il s'asseyait et déclamait en manière de débutement la parole que chacun des assistants se répétait à voix basse depuis une heure ou deux et que certains, protégés par leur nuit, épelaient des lèvres ou rythmaient d'un balancement des mains, au même tempo que lui : « Quelqu'un peut – il me réciter ce qu'on connaît par ici à propos de la Guinée ou du Congo ? ».
Elle avait coutume de chanter au plein du soleil, sans manquer un jour. Les deux frères s'approchaient, à tant que leurs ombres devinssent un seul corps. Ils lui tenaient chacun une main ; le chanter courait à travers les trois. Elle regardait droit devant, craignant ou refusant de choisir à dextre ou senestre.
Elle courait acheter les brimborions les plus inutiles, les robes les plus extravagantes, qu'elle ne portait jamais, qu'elle égarait au fond des meubles et de tous les casiers possibles.
Et moi, enfant, j'accompagne les femmes, je me roule sur le sable, je pêche sous les roches mon écrevisse du jour, que j'irai brûler sur un petit boucan, dans la savane.
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A force de dédain objectif, l'Anglais respecte les peuples qu'il a dominés. A force de «dépassement universel», le colonisateur français, chaque fois que les circonstances le lui auront permis, dégrade par assimilation le colonisé qu'il régente.
Elle traversait des bouffées d'absence, ses égarements.
Marie Celat, descendant ainsi avec Mathieu et papa Longoué ce chemin du désherbement, se sentait enlevée loin de la vie et des bords du jour, criait dans sa tête que tout n'avait aucun sens. Elle éprouvait ce trou au – delà duquel nul n'étendait sa pensée, où elle avait pourtant regardé.
Marie Celat baignait souvent dans ce champ sans limite, en sorte qu'il lui arrivait d'oublier ce que nous appelons le temps.
On conte qu'elle refusa de voir le corps de Donou, qu'elle balbutia quelque chose sur la surface des eaux, la surface des eaux profondes, et qu'elle tomba en léthargie.