écrire est la meilleure manière de sortir de soi-même, quand bien même ne parlerait-on de rien d'autre que de soi.
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La folie ne m’intéresse pas et ne me fascine pas. Je n’ai ni assez de talent ni assez de liberté pour elle. Je manque de violence et d’angoisse pour l’imaginer. La solitude et les souffrances qu’elle engendre, quelles que soient les formes prises, me paraissent dépourvues de charme, de romantisme, de leçons, et même de mystère : chez la plupart de ceux qui la vivent, en parlent, la décrivent, et d’abord en moi.
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Vivre dans les phrases n’était pas drôle, vivre en dehors devait l’être encore moins, en parler avec qui les avait lues ne l’était plus du tout. Il y avait dans l’artisanat littéraire quelque chose d’indispensable et d’inutile. Peut-être devenait-il un art quand le ridicule d’écrire se transformait en acte discrètement tragique.
Si les tueurs étaient des possédés, mes compagnons morts étaient les dépossédés. Dépossédés de leur art et de leur violente insouciance, dépossédés de toute vie.
Il y a certes bien des façons de réviser encore et encore la copie de ses propres deuils. Mais, pas plus qu'à l'école une fois la copie rendue, chacun ne dispose d'une gomme à effacer ce qui a eu lieu.
L'état amoureux, cette fiction qu'on cherche à écrire avec les moyens du corps
Dans la même œuvre
J'aime les femmes dans la mesure où elles résistent à tout ce que les hommes attendent d'elles - où elles les menacent dans leurs attentes.
Quand on voyage seul, il faut des habitudes et il faut qu’elles deviennent des obsessions. Ailleurs doit être organisé comme si l’on devait y passer sa vie entière, dans un abandon complet : lieux, gestes, parcours, commerces, points de repos, de vue et de méditation, tout exige d’être rapidement et instinctivement reconnu, apprivoisé, adopté, répété – comme dans une langue nouvelle où chaque mot doit être appris, si l’on ne veut perdre la sienne.
Je n’aime pas ceux qui utilisent la presse comme surface publicitaire, ceux qui s’en servent comme d’un domestique ou d’une arme tactique, ceux qui l’aiment tant qu’elle les flatte, ceux qui la menacent quand elle les dévoile, ceux qui la voudraient meilleure qu’ils ne sont, ceux qui la voudraient parfaite, ceux qui la paient ou qui se la paient. Je n’aime pas ceux qui lui font la morale, ceux qui étalent dedans leur immoralité et s’y barbouillent de contradictions, ceux qui y font carrière.
Je préfère les ténèbres grises de la normalité. Leur familiarité m’inquiète. J’aime leur tiédeur et l’angoisse épouvantablement discrète qu’elles diffusent. C’est le bain dans lequel je peux jouer à Archimède, me détendre, me noyer. Il m’arrive de remonter en surface – mais pourquoi ? J’écris en flottant.
Vivre dans les phrases n’était pas drôle, vivre en dehors devait l’être encore moins, en parler avec qui les avait lues ne l’était plus du tout. Il y avait dans l’artisanat littéraire quelque chose d’indispensable et d’inutile. Peut-être devenait-il un art quand le ridicule d’écrire se transformait en acte discrètement tragique.