L 'indigence matérielle n'est pas synonyme de vertu.

À lire aussi de Léonora Miano

La conception des êtres implique qu'ils soient considérés pour eux-mêmes, avant d'être mis au monde. Elle nécessite qu'on ait à l'esprit qu'ils sont des entités à part entière, non pas des outils de purification, non pas des moyens de se réaliser, non pas des bâtons de vieillesse, non pas la rémanence de géniteurs trépassés, mais des individus. Personne ne pense aux enfants. Des générations d'humains sont donc engendrées plutôt que conçues. Il leur appartiendra, si elles en trouvent les ressources, de se définir, de se donner une signification. Dans la misère de notre pays, dans la démence qui lui suce le cerveau, on peut parier sans trop de risques que ces vies ne feront rien que s'écouler, comme la petite goutte translucide dont elles auront jailli.
Le jeunesse de ce pays, celle du continent même, se cherche des mentors. Elle ne trouve, pour l'inspirer, que des morts qui n'auraient su quoi faire en ce siècle de grandes angoisses et de petites espérances. Ces héros furent surtout de beaux parleurs. Ils ne laissèrent que des discours, ce que fit croire à beaucoup que parler était agir.
Ce qui existe naturellement ne devient bon ou mauvais qu'au contact d'une volonté.
Si l'enfant s'est présenté de la mauvaise manière ou, pire, s'il est venu au monde sans vie, l'accoucheuse a séché les larmes des pères, apaisé les angoisses devant l'interminable série de sacrifices à effectuer pour conjurer le sort. C'est elle encore, qui a préparé le mélange d'herbes devant servir lorsque les parents du mort-né seraient scarifiés. Ici, on leur trace un symbole sur la peau, afin que la mort se souvienne qu'elle leur a déjà ravi un enfant.
La nuit tombée, ils compteront leurs maigres revenus et se sentiront floués, sans trop savoir par qui. Les lettrés diront que c'est la faute des autres, ceux qui vendent des armes et soutiennent les dictateurs. Les autres diront que c'est le sort, la malchance. Personne ne demandera si c'est parce qu'on a des armes qu'il faut s'entretuer.
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Dans la même œuvre

C'est toujours un problème avec les religions. Elles sont des pratiques sociales permettant de forger et de consolider les communautés. Elles sont ensuite des systèmes de domination. Pour quelques chanceux qui sauront les transcender elles pourront être un chemin.
Les riches du XXI e siècle n'ont ni manières ni éducation. Jamais ils n'ouvrent un livre, ne possèdent pas de bibliothèque. Tout ce qu'ils savent, c'est le prix des choses. Alors, ils se couvrent jusqu'à l'asphyxie d'effets de marque. Quoi qu'ils fassent, on les reconnaît. Ils parlent, marchent, agissent comme ce qu'ils sont. Des gens trop vite passés de la nature au lit king size, du bain dans l'eau sale du marigot aux remous du jacuzzi
Ce qui se passe entre deux personnes qui s'abandonnent totalement l'une à l'autre est au delà de la chair. C'est un acte spirituel.
Lorsque le mal se présente à la porte des demeures, il a toujours la courtoisie d'attendre qu'on le convie à prendre place.
Le jeunesse de ce pays, celle du continent même, se cherche des mentors. Elle ne trouve, pour l'inspirer, que des morts qui n'auraient su quoi faire en ce siècle de grandes angoisses et de petites espérances. Ces héros furent surtout de beaux parleurs. Ils ne laissèrent que des discours, ce que fit croire à beaucoup que parler était agir.