L'écrivain peut en revanche s’intéresser au sens des mots qui prétendent dire les événements. « Islamophobie » est de ceux-là, il paraît que c’est un grand péché. Un peu de philologie élémentaire est peut-être utile. Phobos, en grec, veut dire « crainte », pas « haine » (misos). Si ce mot a un sens, ce n’est donc pas celui de « haine des musulmans », qui serait déplorable en effet, mais celui de « crainte de l’islam ». Alors, ce serait une grande faute d’avoir peur de l’islam ? J’aimerais qu’on m’explique pourquoi.

À lire aussi de Olivier Rolin

On ne peut regarder sans émotion, sans cette espèce de stupeur que suscitent les lieux terribles, l’écrasante façade grise et ocre soutachée de corniches roses de la Loubianka... je dis « on » mais qui en fait ? Ceux qui ont compté d’une façon ou d’une autre, à un moment de leur vie, l’espérance révolutionnaire et sa mort sinistre. Car, s’il est un lieu qui symbolise ce meurtre de masse de l’idéal, cette substitution monstrueuse de la terreur à l’enthousiasme, des policiers aux camarades, c’est la Loubianka. C’est ici le centre de cette alchimie à rebours qui a transformé l’or en vil plomb.
Un écrivain n'a pas plus de légitimité que quiconque à analyser à chaud les drames qui laissent la société sidérée (il peut a posteriori en tirer des fictions).
Celui qui abandonne son camarade sous le feu, celui qui le donne à la police ennemie, il l'a déjà trahi, il a toujours été un lâche et une balance.
La vie n'est pas une ligne, une trajectoire, elle est un arbre infiniment ramifié et feuillu, une chevelure immense. Ces autres vies ont à petits coups forgé la tienne, et dans ces destins que tu ne connais plus, au Pérou, au Soudan, en Russie, partout où tu es passé, une part infime de toi continue à vivre - ou meurt - sans toi. C'est cela, en fin de compte, dont tu veux essayer de donner une idée - tu viens enfin de le comprendre nettement.
La mort, d’ailleurs, fixe pour toujours les traits, les paroles, les attitudes : tandis que celle qui est partie, on devine avec effroi que chaque seconde qui passe modifie imperceptiblement son image, l’éloigne de celle qu’on a chérie, que des mots qu’on ne lui connaissait pas sortent de ses lèvres, des pensées traversent son esprit auxquelles on n’est pas associé, et qu’on ignorera toujours.
Toutes les citations de Olivier Rolin →

Dans la même œuvre

Un écrivain n'a pas plus de légitimité que quiconque à analyser à chaud les drames qui laissent la société sidérée (il peut a posteriori en tirer des fictions).
L'antisémitisme est toujours abominable. Il est plus insupportable encore dans le pays qui a été celui de l'affaire Dreyfus et de la rafle du Vel' d'Hiv.
Ma voix, je le crains, sera quelque peu discordante dans le concert. Le besoin de se rassurer est immense. Je le comprends, mais je crois qu’il est vain. Ces odes qui montent de partout à l’unité nationale, à « nos valeurs » qui l’emporteront : je les trouve sympathiques, j’aimerais les partager, mais je n’y arrive pas.