J'ai travaille à ces articles ou à mes films de la même façon : enquêter à fond, me mettre entre parenthèses, m'oublier entièrement, entrer dans les raisons et déraisons, dans les mensonges et les silences de ceux que je veux peindre ou que j'interroge, jusqu'à atteindre un état d'hypervigilance hallucinée et précise qui est pour moi la formule même de l'imaginaire.
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Je voulais appeler le film pendant un temps Le Lieu et la parole, racontait-il en 1985 sur France Culture, dans l'émission Le Cinéma des cinéastes. C'est en effet essentiel parce que ces lieux vides, ces lieux défigurés, cette sorte de... non-lieu de la mémoire d'une certaine façon se met à vivre par la parole mais les lieux en même temps donnent à la parole une vérité extraordinaire.
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Shoah ce n'est pas un film sur la survie, pas du tout, c'est un film sur la mort, sur la radicalité de la mort dans les chambres à gaz et ces protagonistes-là je ne les appelle pas des survivants, aucun d'eux n'aurait jamais dû survivre. S'ils l'ont fait c'est par un concours extraordinaire d'audace, de courage et de chance : je les appelle des revenants. Ils reviennent pratiquement d'au-delà du seuil du crématoire et ils sont dans le film des porte-paroles des morts. Ils ne disent pas "je", ils ne racontent pas leur histoire personnelle, ils ne disent pas comment ils se sont évadés, comment ils ont survécu à travers toute la guerre, ils disent "nous", c'est pas du tout pareil.
C'est un événement qui n'a pas trouvé sa fin, qui n'a pas trouvé sa terminaison. En ce sens on a le droit de dire que c'est une césure et c'est d'une certaine façon aussi l'aune à laquelle tout aujourd'hui se mesure. C'est le maître étalon de tout, de toutes les revendications, de toutes les comparaisons
On ne se trompait pas en 1943 sur le sens d'un livre comme L'Etre et le néant par Jean-Paul Sartre, c'était une ontologie de la liberté. Et aussi [...] l'importance qu'ont eu pour moi les Réflexions sur la question juive après la guerre. Ça a été un livre à tous égards libérateur.
Je ne suis ni blasé ni fatigué du monde, cent vies, je le sais, ne me lasseraient pas.