Je ne veux pas employer les mots « amalgame », « stigmatisation », car je les déteste. Il faut remettre en cause la manière dont, aujourd'hui en France, l'islam est pratiqué, il faut débattre de sa compatibilité avec les valeurs de la République. Si on souscrit à ce que dit Houellebecq, la sanction tombe. Et après, on fait quoi ? Si l'islam est dangereux, alors changeons de religion. Ce n'est pas possible. Je ne suis pas résignée.

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Le plus important en politique, et singulièrement internationale, est d'avoir une vision et une ligne cohérente. Peux-tu me dire quelles étaient celles de Barack Obama sur cet éternel dossier israélo-palestinien ? Je ne les connais pas ! Il a oscillé entre fatalisme, défaitisme et laisser-faire. Il a fait semblant d'être un médiateur alors qu'il n'a été, durant ses deux mandats, qu'un lointain observateur.
Je te le dis et te le répète, l'école redeviendra un facteur d'intégration, grâce aux professeurs. Ils incarnent les vecteurs de la cohésion sociale. C'est un métier que je respecte, non pas, parce que je l'ai exercé, plutôt parce que les enseignants ont la capacité de nous élever, de nous intéresser. Certains d'entre eux s'en fichent bien sûr ! Dans tous les métiers, il y a… euh pardon pour ce mot, mais c'est vrai… il y a des cons.
Le sacré peut nous rassembler, dans ce monde qui ressemble à un archipel. Tant qu'il y aura du respect pour lui, tant que subsistera une révérence pour le mystère de l'âme, tout ne sera pas complètement perdu.
Moi je voulais mettre le doigt sur un impensé dans notre société. Quand on parle du retour de jihadistes majeurs, tout le monde a un avis tranché. Quand on parle du retour de l'enfant il est impossible qu'il n'y ait pas un doute qui les tenaille. SI on ne croit pas en la rédemption de l'enfant on ne croit plus en l'école, on ne croit plus en la France...
J'ai été très étonné que les intellectuels ne s'emparent pas davantage de l'exemple d'Arnaud Beltrame qui, par sa foi, sa foi chrétienne, n'ayons pas honte de le dire, son héroïsme, son geste absolu, fait perdurer ces valeurs universelles. Nous avons en commun ces valeurs-là. Moi, je suis musulmane, mais j'adhère pleinement à la civilisation occidentale. Je ne peux donc pas dire qu'elle va mourir.
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Je suis musulmane mais j'adhère pleinement à la civilisation occidentale.
La fiction permet d'aller plus loin dans les sentiments, dans la contradiction des sentiments.
L'islam inculqué par ma grand-mère, l'éducation que j'ai reçue, tout cela est de moins en moins présent. Mais il n'a pas perdu. Car s'il a perdu, alors la bataille est perdue, et l'on dépose les armes. Il faut, au contraire, poursuivre le combat. En Tunisie, mon pays de naissance, il y a une capacité de résilience, de résistance. On a dit de ce pays qu'il était au bord du gouffre, qu'on dansait sur un volcan. Quand les islamistes gagnaient les élections, on pensait que c'était perdu. Or, à chaque fois, il y avait une petite flamme qui faisait que la situation se retournait. Les femmes ont joué un grand rôle, certes, mais toute la société civile a participé à ce sursaut. Cette nébuleuse qu'on appelle société civile prend ici tout son sens.
Dans mon livre, Amra, l'ex-djihadiste, dit à la journaliste : « Vos églises sont vides. On en arrivera à les récupérer pour les transformer en mosquées, ces mosquées pas assez nombreuses pour nos pratiquants. ». Elle ajoute : « Nous ferons plein d'enfants qui porteront notre religion avec fierté, comme un étendard. » En résumé, elle dit que la civilisation occidentale est foutue. Pour Houellebecq, Michel Onfray, et d'autres, c'est la fin programmée de la civilisation judéo-chrétienne. Je pense que les valeurs de cette civilisation ne sont pas sa faiblesse, son talon d'Achille, mais sa force
Pour Houellebecq, Michel Onfray, et d'autres, c'est la fin programmée de la civilisation judéo-chrétienne. Je pense que les valeurs de cette civilisation ne sont pas sa faiblesse, son talon d'Achille, mais sa force. Un exemple concret : Arnaud Beltrame. On a dit qu'il s'était sacrifié. C'est tout l'inverse. C'est une véritable mission, une mission de vie. Il a opposé au terrorisme un vrai projet, un projet de spiritualité.