Je suis toujours profondément admiratrice du temps suspendu dans lequel vivent les baiseurs et qui retient ma sympathie. Il peut s'être passé dix ans, que dis-je vingt ans et plus encore, depuis qu'ils ont joui avec une femme, ils vous en parlent, ou s'adressent à elle, comme si c'était hier. Leur plaisir est une fleur vivace qui ne connaît pas les saisons. Elle s'épanouit dans une serre qui isole des contingences extérieures et qui fait qu'ils voient toujours de la même façon le corps qu'ils ont tenu contre eux, celui-ci serait-il flétri ou rigidifié dans une robe de bure.
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J'ai appris depuis qu'une forme d'égocentrisme tient moins, paradoxalement, à une focalisation sur l'être et à son affermissement, qu'à sa dispersion, à son affolement.
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J’apprenais que chaque sexe appelait de ma part des gestes, voire des comportements différents.
J’avais l’idée d’écrire pour dire des choses qui n’avaient pas encore été écrites. Il faudrait que je puisse raconter ça, le montrer, trouver les mots pour mettre en images cette douleur.
Il est probable que la confiance totale que j’avais dans mes rêves empêchât que je ne me heurte aux aspérités de la réalité, et que c’est peut-être ainsi, de ne pas trop peser sur le monde des choses concrètes, que l’on force paradoxalement le destin.
Je n’appartenais pas à la classe des séductrices, et ma place dans le monde était moins parmi les autres femmes, face aux hommes, qu’aux côtés des hommes.
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Le rêveur ne thésaurise que des biens immatériels et il n'accorde qu'une importance relative au fait qu'un objet de ses rêves, qui par chance s'est concrétisé, retourne à l'état immatériel en tant que souvenir.
Les plaisirs sont ressentis comme les plus intenses, les douleurs comme les plus profondes lorsqu'ils mobilisent le plus de canaux émotifs, qu'ils drainent une quantité incalculable de souvenirs heureux ou malheureux, d’espérances réalisées ou brisées.
Les liaisons cachées favorisent les trames romanesques. Le secret libère la fantaisie, et les amants compensent le peu de temps qu'ils passent ensemble par une complication des situations qui les convainc de l'intensité de leur lien
Il est alors troublant de constater que ces émotions contraires et complexes affectent pareillement l'intérieur de notre ventre.
Peut-on habiter un corps auquel tout l'espace intérieur et extérieur est disputé ?