Il vaut mieux ne parler à personne des gens qu'on aime. Les mots pour dire la magie et le mystère de la personne qu'on aime n'existent pas. En parler retire même un peu de magie et de mystère. Après, c'est quelqu'un comme tout le monde et c'est bien fait pour celle ou celui qui en a trop parlé.

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Je regarde [ mon papa ]. Sous ses yeux, il a des vilaines poches comme des petits sacs à soucis.
Nous, on est comme des fleurs sauvages, personne n'a envie de nous cueillir.
Papa est toujours sur sa planète. J'essaye de le faire rire en imitant le singe heureux de retrouver la jungle. Il dit "non" avec sa tête. Bon. Sur sa planète, on ne rit pas. Alors je m'approche de lui et je lui prends sa main dans laquelle je dépose un baiser d'amour. Rien à voir avec la langue de Franklin. On fait ça le dimanche quand on regarde des DVD à la télé. Entre deux films, papa et moi on dépose des baisers d'amour au creux des mains. Je me suis assis sur mes talons, la tête sur les jambes, et j'attends qu'il me caresse la tête. Je suis prêt à rester des heures. Je veux juste qu'il abandonne un instant sa planète pour la mienne. Et sa main, un peu hésitante, se pose sur mes cheveux, ses yeux gris laissent sortir la tempête, de grosses gouttes qui me tombent dessus et coulent sur mes joues, comme si on pleurait tous les deux, un goût de mer chaude, sans le sable et les transats bleu et blanc.
Elle répétait à papa : Les plus beaux souvenirs sont ceux que l'on garde en soi. Pas besoin d'image déformante ou d'instants figés.
Simon dit aussi que l'âge est comme un élastique et que les enfants et les gens très âgés tirent dessus, chacun à un bout, et il finit par craquer et c'est toujours les gens âgés qui se prennent l'élastique dans la figure et après ils meurent.
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Elle répétait à papa : Les plus beaux souvenirs sont ceux que l'on garde en soi. Pas besoin d'image déformante ou d'instants figés.
Je suis devenu l'enfant sans je t'aime. Un orphelin privé d'amour à cause de parents trop fatigués pour le lui dire.
Il vaut mieux ne parler à personne des gens qu'on aime. Les mots pour dire la magie et le mystère de la personne qu'on aime n'existent pas.
Je regarde [ mon papa ]. Sous ses yeux, il a des vilaines poches comme des petits sacs à soucis.
Quand on pleure et que quelqu'un vous touche, on pleure encore plus, comme si le fait d'être aimé n'arrangeait rien.