Il m'est apparu que, même quand on ressent la solitude, c'est souvent faux. Quelqu'un qu'on aime et qui vous aime, qui est là par sa présence ou sa parole, ça représente la vie.

À lire aussi de Christine Angot

Je m'appelle Angot depuis mes quatorze ans, où il m'a reconnue, loi sur la filiation de 72, avant je m'appelais Christine Schwartz, mais ça vous le savez, je l'ai écrit dans presque tous mes livres ; ou alors c'est que vous n'avez pas fait attention.
J'arrive pas à te dire les choses exactement comme je voudrais. C'est difficile quelquefois d'exprimer certains sentiments. J'aimerais tellement pouvoir exprimer ce que je ressens. Mais les choses intimes sont les plus difficiles à exprimer.
Je m'étais rendu compte que les gens connaissaient le mot « inceste », mais qu'ils n'avaient aucune idée de la chose. Ils utilisaient le mot comme un mot étranger, vide, sans le connaître. Donc, il fallait le définir en images, et en perceptions. C'est ça faire apparaître le réel, et faire disparaître le discours. Les mots jusque-là mal agencés ou trop bien agencés qui recouvrent les choses. Je pense à Beckett dans L'innommable : « Je vais le leur arranger moi leur charabia. » Leur charabia c'est le discours social, la soi-disant écoute, l'injonction à dire. Alors que c'est l'impossible. L'injonction qui infériorise. Le réel n'est pas fait pour être dit. Il est là, il se contente de ça. Il est le vrai, c'est tout.
Tu te souviens du poème de Victor Hugo ? « Oh l'amour d'une mère, amour que nul n'oublie… Chacun en a sa part et tous l'ont tout entier… ? » Bon. Ça, c'est l'amour entre une mère et son enfant. Il ne meurt jamais. Il ne finit jamais. C'est un amour éternel. L'amour entre un homme et une femme c'est autre chose. Il peut ne pas être éternel. Mais il est très fort aussi.
Il n'aime pas la musique. Il trouve que ça gêne. Que c'est une servitude. Parce que quand on en écoute, on est obligé d'entendre le morceau sans l'interrompre alors que quand on lit un livre, on peut le lire dans le désordre, sauter des pages, que la liberté est totale. Il aime cette liberté et ne supporte pas d'en être privé.
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Il est là mon plus beau collier. C'est les deux bras de ma petite fille.
- Voyons. Comment t'expliquer ? L'amour pour son enfant, c'est un amour très très grand. Immense. Sûrement le plus grand, si vraiment on devait dire quel est le plus grand. Mais il n'est pas de la même nature.
Tu te souviens du poème de Victor Hugo ? « Oh l'amour d'une mère, amour que nul n'oublie… Chacun en a sa part et tous l'ont tout entier… ? » Bon. Ça, c'est l'amour entre une mère et son enfant. Il ne meurt jamais. Il ne finit jamais. C'est un amour éternel. L'amour entre un homme et une femme c'est autre chose. Il peut ne pas être éternel. Mais il est très fort aussi.
Les gens veulent l'amour conjugal parce qu'il leur apporte un bien être, une certaine paix. C'est un amour prévisible puisqu'ils l'attendent , qu'ils l'attendent pour des raisons précises. Un peu ennuyeux, comme tout ce qui est prévisible. La passion amoureuse, elle, est liée au surgissement. Elle brouille l'ordre, elle surprend.
La passion amoureuse, elle, est liée au surgissement. Elle brouille l'ordre, elle surprend.