Entendons-nous bien, s'il y avait vraiment une Sicile qu'il aimait regarder, c'était bien cette Sicile faite de terres arides, brûlées et marron, où un peu de vert testard se retrouvait comme tiré au canon, où les dés blancs des bicoques en haut des collines semblaient devoir glisser en bas à un coup plus fort de vent, où, à la contre-heure, même les lézards et les serpents, il leur manquait l'envie de se glisser dans un buisson de sorgho ou de se cacher sous une pierre, résignés,inertes, à leur destin, quel qu'il fût.

À lire aussi de Andrea Camilleri

Quand on commence à sortir les motivations religieuses, il me vient la frousse.
La chair fraîche provenait en majorité des pays de l'Est, enfin libérés du joug communiste qui, comme chacun sait, refusait toute dignité à la personne humaine : entre les buissons et le terrain vague du Bercail, la nuit, cette reconquête de la dignité humaine atteignait des sommets resplendissants.
À perte de vue, pas un centimètre de plage qui ne fût sali. Et la pluie soulignait encore la saleté. « Le prochain déluge universel », ne sera pas fait d'eau, mais de tous nos déchets accumulés à travers les siècles. Nous allons mourir étouffés dans notre propre merde.
Depuis que la télévision était rentrée dans les maisons, tout le monde s'était habitué à manger du pain avec des cadavres. De midi à une heure et de sept à huit et demie le soir, c'est à dire pendant qu'on était à table, il n'y avait pas de chaîne qui ne transmît d'images de corps déchiquetés,écrasés, brûlés, en guenilles, martyrisés, d'hommes, de femmes, de vieux, de minots tués avec imagination et génie quelque part dans le monde.
Je n'ai jamais eu une dispute, une discussion, comme homme, j'aime être d'accord avec tout le monde, ma femme est une sainte femme à part quelques petites manies, mes filles m'aiment, mes gendres me respectent comme juge, j'ai toujours traité de petites causes civiles, j'ai essayé d'user d'équité et de bon sens, je n'ai jamais envoyé personne en prison, je suis sur le point de partir à la retraite après une vie de travail… et maintenant quelqu'un, je ne sais pourquoi, veut ma mort…
Toutes les citations de Andrea Camilleri →

Dans la même œuvre

Il y a des personnes comme ça, qui paraissent plus offensées quand on leur demande si elles ont lu un livre que si on leur demandait si elles ont été amis intimes de Jack l'Éventreur.
De tracassin, en revanche, il n'y en eut qu'un, mais très grand : l'énorme quantité de rapports qu'il dut compiler et la centaine de signatures qu'il dut mettre, en bas, de côté, de travers, dessus, dessous. À un certain point, désespéré, il se demanda s'il aurait jamais plus l'envie de faire d'autres arrestations à l'avenir, s'il fallait supporter tant de bureaucratie.
Le fanatisme pousse à faire des choses impensables, ça te donne une force que tu ne soupçonnais pas d'avoir, un courage que tu ne rêvais même pas de posséder.
Le fait même de percevoir, de porter attention, est du genre sélectif : chaque attention, chaque fixation de notre conscience, comporte une omission délibérée de ce qui ne nous intéresse pas.
La goutte d'eau qui fait déborder le vase étant un caractère certes peu flexible et très éloigné des compromis. En bref, il existe des hommes de qualité qui, placés à certains postes, apparaissent inadaptés justement à cause de leurs qualités, aux yeux des gens qui n'en ont pas mais qui, en compensation, font de la politique.