Quand tu déclenches une avalanche, Ev Anckert, faut pas te surprendre de recevoir des garnottes !
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Elle n'est plus personne dans ces océans où il n'y a personne, que des écrans de glace, des robinets d'eau tiède, des puits muets et sourds qui font du bruit quand on y jette un sou.
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Frisant la cinquantaine, armé des apparats de sa célébrité, Jean-Louis Trouë porte néanmoins sa haute taille effilochée comme un habit qu'il aurait emprunté. Sa poitrine penchée vers l'avant, sur le point de verser, il résiste au typhon dans son dos, il tangue plus qu'il ne se tourne vers vous pour vous aborder. Intrusif, une vraie cornemuse, il parle sans respirer, s'exclame, s'étonne, se passionne, se pose la question, y répond d'un seul souffle. C'est un moulin à mots, alerte et guilleret, qui grince dans les hautes pendant qu'il plie sur vous, incertain de vous rejoindre, son visage fripé, grave et bouleversant, où grésillent deux amandes tristes qui vous supplient de l'aimer.
On ne change pas son cheval borgne pour un aveugle !
Son désir crachote, un serin dans un aquarium, un bourdon qui trifouille une digitale.
Dans la joie de l'abandon, nous risquons d'aimer et d'être aimés, nous créons notre propre vie, au-delà de nos peurs muettes, au-delà de nos douleurs refoulées.
Dans la même œuvre
Ev te plairait. Une femme de contrastes. Du noir, du blanc, un peu de zones grises, une présence lumineuse, fluide et à la fois accrochante, comme la lumière dont tu sais jouer si merveilleusement dans tes photographies. Une femme vive, enjouée, un brin moqueuse, parfois ironique, plus souvent sensible et émouvante, une femme que la vie amuse et qui s'y jette à corps perdu, avec la profondeur d'une montagne assise, cramponnée au paysage, solide et certaine d'exister d'un soleil à l'autre. Une femme qui prend la vie à coeur, attentive et sereine, qui déborde d'énergie, qui bouillonne, heureuse d'être en vie
La salle est bondée. Chaque fois, dans ces circonstances, elle ne perçoit subitement plus rien, qu'un brouillamini de formes en mouvement, un gâchis de peintures renversées, des rayures de cravates, des touffes de cheveux, des fleurs de chemisiers, des taches de couleurs barbouillées, des têtes et des bras sans visages, des rires, des bruits humains incohérents
Quand l'esprit galope, les mots restent à l'écurie. Sa devise. Un vieux truc qui lui avait évité plus d'une gaffe. Son esprit ruminait sans arrêt, une panse fébrile qui mâchouillait la vie, trois fois plutôt qu'une. Ses sens toujours à l'affût taraudaient les gens, épinglaient des mimiques, déchiquetaient des regards, sondaient des intonations, s'acharnaient sur des petits riens anodins, décelaient de fausses notes, flairaient la moindre variation de température, sans qu'elle s'en rende compte, ses sens éventraient les gens, perçaient leur devanture et embrochaient une flopée de détails incongrus. Très tôt, elle avait appris à endiguer ce radar fiévreux qui posait trop de questions, devinait trop de secrets, disait trop de bêtises, importunait les grands. Valait mieux se taire. Et tant pis pour la spontanéité qui l'émerveillait chez les autres.
Quand l'esprit galope, les mots restent à l'écurie. Sa devise. Un vieux truc qui lui avait évité plus d'une gaffe.
Ses sens toujours à l'affût taraudaient les gens, épinglaient des mimiques, déchiquetaient des regards, sondaient des intonations, s'acharnaient sur des petits riens anodins, décelaient de fausses notes, flairaient la moindre variation de température, sans qu'elle s'en rende compte, ses sens éventraient les gens, perçaient leur devanture et embrochaient une flopée de détails incongrus.