Ev te plairait. Une femme de contrastes. Du noir, du blanc, un peu de zones grises, une présence lumineuse, fluide et à la fois accrochante, comme la lumière dont tu sais jouer si merveilleusement dans tes photographies. Une femme vive, enjouée, un brin moqueuse, parfois ironique, plus souvent sensible et émouvante, une femme que la vie amuse et qui s'y jette à corps perdu, avec la profondeur d'une montagne assise, cramponnée au paysage, solide et certaine d'exister d'un soleil à l'autre. Une femme qui prend la vie à coeur, attentive et sereine, qui déborde d'énergie, qui bouillonne, heureuse d'être en vie
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Quand l'esprit galope, les mots restent à l'écurie. Sa devise. Un vieux truc qui lui avait évité plus d'une gaffe. Son esprit ruminait sans arrêt, une panse fébrile qui mâchouillait la vie, trois fois plutôt qu'une. Ses sens toujours à l'affût taraudaient les gens, épinglaient des mimiques, déchiquetaient des regards, sondaient des intonations, s'acharnaient sur des petits riens anodins, décelaient de fausses notes, flairaient la moindre variation de température, sans qu'elle s'en rende compte, ses sens éventraient les gens, perçaient leur devanture et embrochaient une flopée de détails incongrus. Très tôt, elle avait appris à endiguer ce radar fiévreux qui posait trop de questions, devinait trop de secrets, disait trop de bêtises, importunait les grands. Valait mieux se taire. Et tant pis pour la spontanéité qui l'émerveillait chez les autres.
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Elle est sortie du placard au fond d'un vestiaire. C'est, en tout cas, à cette occasion qu'elle a appris que l'apparence d'une femme n'a rien à voir avec son orientation, pas plus que la couleur de la voilure avec le cap d'un trois-mâts.
Nous emmagasinons une kyrielle de souvenirs, tous aussi romantiques les uns que les autres, avec l'air de croire qu'ils nous épargneront la douleur et le deuil.
Difficile de vivre le temps présent lorsqu'il n'a pas d'avenir.
La salle est bondée. Chaque fois, dans ces circonstances, elle ne perçoit subitement plus rien, qu'un brouillamini de formes en mouvement, un gâchis de peintures renversées, des rayures de cravates, des touffes de cheveux, des fleurs de chemisiers, des taches de couleurs barbouillées, des têtes et des bras sans visages, des rires, des bruits humains incohérents
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La salle est bondée. Chaque fois, dans ces circonstances, elle ne perçoit subitement plus rien, qu'un brouillamini de formes en mouvement, un gâchis de peintures renversées, des rayures de cravates, des touffes de cheveux, des fleurs de chemisiers, des taches de couleurs barbouillées, des têtes et des bras sans visages, des rires, des bruits humains incohérents
Quand l'esprit galope, les mots restent à l'écurie. Sa devise. Un vieux truc qui lui avait évité plus d'une gaffe.
Ses sens toujours à l'affût taraudaient les gens, épinglaient des mimiques, déchiquetaient des regards, sondaient des intonations, s'acharnaient sur des petits riens anodins, décelaient de fausses notes, flairaient la moindre variation de température, sans qu'elle s'en rende compte, ses sens éventraient les gens, perçaient leur devanture et embrochaient une flopée de détails incongrus.
Très tôt, elle avait appris à endiguer ce radar fiévreux qui posait trop de questions, devinait trop de secrets, disait trop de bêtises, importunait les grands. Valait mieux se taire. Et tant pis pour la spontanéité qui l'émerveillait chez les autres.