Dès que j'avais un emploi, je le jouais plus que je ne l'exerçais. Je ne pouvais jamais m'y donner vraiment, j'avais d'emblée l'impression d'être dans des vêtements d'emprunt et de circuler avec de faux papiers. (...) Comme si non seulement je n'avais aucun droit au travail, aucune légitimité, mais aussi aucun droit à l'existence. Et bien vite je partais. Un seul objectif, retrouver la rue et plonger. Il n'y a que dans la rue que je me sentais bien, en transit, enfoncé dans le quotidien des autres.

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La vie, ça se perd ou ça se conquiert. Moi je suis à sa recherche. Lorsque je précise que je cherche la vie, je veux dire que je cherche à devenir vivant, à être réveillé, un éveil, oui, un éveil. Me réveiller de cet état de confusion, d'incertitude, d'ennui, de mélancolie, de désespoir, de léthargie, où je me débats pour conquérir la réalité ?
Je me suis rendu compte que je ne pouvais pas me partager entre écrire, ce qui signifiait pour moi être absolument indépendant, affranchi de tout conditionnement, et mener une vie ultrabourgeoise en tant que rédacteur d'un grand journal international qui était la plate-forme du capitalisme suisse.
Il y en a des millions comme moi, rejetés de leur emploi, de leur chez-soi, dans la rue. C'est le siècle des déportations, des exodes, des camps, des nettoyages ethniques, des grandes migrations qui se termine maintenant. Des millions de gens sont le rebut de la société, morituri. Je suis comme eux, et je suis une sorte de simulateur parmi eux - suivre le mouvement.
Il lui faut continuellement annexer de nouveaux territoires ; ça s'use si vite, les gens, ça finit toujours par vous percer à jour.
Le clair-obscur qui régnait dans les entrailles de cette forêt hivernale faisait à Stolz l'effet d'une brutale alternance de chaleur et de froid.
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Dans la même œuvre

Il y en a des millions comme moi, rejetés de leur emploi, de leur chez-soi, dans la rue. C'est le siècle des déportations, des exodes, des camps, des nettoyages ethniques, des grandes migrations qui se termine maintenant. Des millions de gens sont le rebut de la société, morituri. Je suis comme eux, et je suis une sorte de simulateur parmi eux - suivre le mouvement.
Manifestement, je n'ai jamais eu le vrai goût de la vie et la gravité qui est son corollaire, surtout la persévérance. Je pourrais évoquer les circonstances familiales, défaut dans ma trame. En place d'une maison, d'un enracinement familial : un lieu de passage, un hôtel. Je ne cherche pas d'explication, les choses sont comme elles sont. Simplement, je ne sais pas si elles vont pouvoir continuer. Je suis trop vieux pour la Légion étrangère. Trop indolent pour mener une vie de gangster, trop lâche.
Je ne voyais pas pourquoi il me fallait peiner à l'école, tout comme plus tard je n'eus pas la concentration nécessaire pour faire des études et obéir à une discipline de vie et de travail. Il y avait toujours quelque chose qui me retenait. Je déviais toujours. En fait je n'ai pas fui les mariages et les emplois, j'ai simplement dévié. Je ne pouvais vivre qu'en transit, ou bien entre deux chaises, comme on dit. Dès que j'étais installé dans un appartement ou un emploi, les choses perdaient leur saveur. Je connaissais tout d'avance, et ce monde connu s'étendait devant moi comme un désert. Comme je m'ennuyais !
Le chien vient au monde, et quelques semaines plus tard il appartient à un maître, il devient son attente impatiente. Il connaît le code du bien et du mal qui lui a été inculquée, et par conséquent la mauvaise conscience, il peut être accablé. Sa joie, ce sont les louanges du maître. Il n'en ai jamais rassasié. Il veut tout partager avec son maître, même la nourriture, même le restaurant enfumé, ses amis, ses ennemis. Il jouit d'une confiance aveugle. Devant son chien, le maître se montre complètement nu.
Dès que j'avais un emploi, je le jouais plus que je l'exerçais. Je ne pouvais jamais m'y donner vraiment, j'avais d'emblée l'impression d'être dans des vêtements d'emprunt et de circuler avec de faux papiers. Est-ce bien moi ? Ou est-ce que je me donne simplement un rôle ? La peur d'être démasqué me taraudait, me rongeait, tant et si bien que je me faisais l'impression d'être un escroc, même si je faisais mon travail au mieux comme tout un chacun. Escroc ? pire encore : comme si non seulement je n'avais aucun droit au travail, aucune légitimité, mais aucun droit à l'existence.