Et puis toutes les dictatures se ressemblent, jusqu'à la rancune. Gare aux transfuges ! Leur famille, leurs proches, voire leurs amis, s'ils n'ont pas suivi, en font les frais. Dénoncer le canard boiteux est une sécurité en soi – si vous ne l'avez pas fait, c'est que vous êtes aussi coupable, on vous embarquera. Une manière d'amputer haut et court le membre gangrené.
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Comme le dira Jack London au spectacle des mers du Sud : « L'immensité, c'est moi ! »
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À lire aussi de Jean-Luc Coatalem
En Corée du Nord, au XXIe siècle, à l'heure du marché global et des sondes vers Mars, on n'est pas très loin d'Orwell.
Durant ce périple où, en comparaison, tout nous est obligé et prévisible, nos lectures parallèles que nous commentons avec ardeur nous mettent du baume au coeur. Elles nous sont un antidote à cette Corée fade qui défile par la lunette arrière et d'où l'on aperçoit, floutés par la vitesse, des grumeaux de gens qui marchent, des camions hoquetant leur nuage de charbon, des jeeps avec des militaires, des colonnes de types courbés, tenant des pelles, des râteaux, des sacs en toile de jute, des baluchons d'herbes, nous adressant parfois des signes puis se ravisant, tous très jeunes, la plupart du temps hébétés, somnanbuliques, cassés, comme des pestiférés du Moyen Age éparpillés sur la parcelle d'un châtelain invisible et démoniaque.
Le christianisme est une machine à donner des remords, parce que c'est une machine à diminuer la souplesse et à réfréner la spontanéité des actions vitales.
C'est un été sur la péninsule armoricaine, qu'importe qu'il pleuve, qu'il vente, les éclaircies sont généreuses, ils se baigneront dans la darse ou ils iront explorer pour la centième fois la grotte Absinthe qu'il faut forcer avec le flux pour rejoindre ses entrailles, un théâtre de reflets qui s'ouvre sur trente mètres de large, là aussi voilà un secret, le secret des falaises, il règne dans cette cavité une semi-obscurité, l'eau y est fraîche, les voix résonnent, les respirations font de la buée entre les parois, et alors que leurs jambes ne sont plus que des pointillés mobiles, ils ont la sensation d'être immergés dans l'instant même, pris dans le miel des photons et des reflets, autant dire l'éternité, l'éternité de Kergat...
Dans la même œuvre
Qui êtes-vous, Victor Segalen ? Et pourquoi, depuis si longtemps, m'avez-vous hanté ? Breton, certes. Brestois, aussi. Militaire, marin et poète.
Est-il plus noble pour une âme de souffrir les flèches et les coups de l'indigne fortune ou de prendre les armes contre une mer de troubles, et de leur faire front et d'y mettre fin? Mourir, dormir, rien de plus.
Le christianisme est une machine à donner des remords, parce que c'est une machine à diminuer la souplesse et à réfréner la spontanéité des actions vitales.
J'en ai retenu ce vers étincelant : « C'est aujourd'hui toujours. C'est ici partout ».