Quand tu sais que quoi que tu fasses, tu seras une cible, tu préfères être une cible mouvante
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Comme beaucoup d'enfants, j'avais classé dès le départ et par principe mon père dans la catégorie des choses certaines
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Les livres me sont comme des boîtes closes, aux étiquettes terriblement sibyllines et excitantes, et je suis quelqu'un de curieux, bien que peut-être exclusivement dans ce domaine, je veux savoir ce qu'ils renferment, je ne sais pas m'arrêter.
Je commençais à penser que j'avais été présomptueux, que ce n'était pas si facile que ça d'interviewer un écrivain, puisque la vérité n'était jamais une base pour eux, mais plutôt une destination, puisqu'ils maîtrisent si bien la fiction que tout ce qu'ils pouvaient imaginer sonnait vrai.
Je me suis lise à lire pour de bon- à lire partout, tout le temps, dans le bruit, dans le noir, de façon organisée, excessive, trépidante, à sauter de livre en livre comme sur des nénuphars
Ma vie je la passe à lire des livres pour remettre les choses en place, pour me déplier, et c'est comme chanter tout bas à ma propre oreille pour me réveiller.
Dans la même œuvre
Comme des repères, les livres nous mènent à d'autres livres, ils nous font ricocher- nous lisons comme Dante se laissant guider par Virgile dans la forêt sauvage du pêché. Dans les bibliothèques, dans les librairies, les voir tous côte-à-côte, si nets, comme des compartiments dans un columbarium, chacun renfermant une voix, une aria, je ne connais rien de mieux. Je reviens toujours là. C'est tout.
Les histoires ne sont que des histoires, elles permettent une respiration mais ne réparent rien, elles sont ce qu'on peut fabriquer avec les petits débris retrouvés après les catastrophes, elles ne sont pas une seconde chance, simplement des louanges du mort chuchotées à l'oreille des survivants, aussi éloquentes qu'elles sont vaines.
Ma vie je la passe à lire des livres pour remettre les choses en place, pour me déplier, et c'est comme chanter tout bas à ma propre oreille pour me réveiller.
Maintenant, mes livres sur des étagères de librairies paraissent logiques, évidents, on peut s'en servir pour justifier tous mes manquements, mais je me rappelle du moment où mes failles n'avaient pas encore d'explication, où il était possible qu'elles n'en aient jamais, et que je reste pour toujours à la porte de ce qui est important
Je pensais que pour être écrivain, je devais m'exercer comme un athlète, comme une danseuse, jusqu'à ne plus avoir mal, jusqu'à ne plus me poser de questions, et je cherchais à posséder cette compétence.