Ces hommes à l'intelligence bornée mais à l'énergie sans limites, ces hommes prompts à se lier d'amitié et prompts à se lasser, ces hommes pour qui la chose la plus importante de l'existence était de continuer à vivre quoi qu'il arrive, étaient nos pères ; nous avions pour tâche de les aimer.

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La singularité est indéniable, mais si remarquablement différentes que soient les vies des individus, elles sont toutes vouées à connaître une fin identique, et elles sont toutes hantées par cette destination effrayante et inéluctable qu'est la mort.
Le fait est que comprendre les autres n'est pas la règle dans la vie, c'est de se tromper sur leur compte, encore et encore, encore et toujours, avec acharnement et, après y avoir bien réfléchi, se tromper à nouveau.
« Je me sens solitaire », lui disait-elle quand elle était toute petite, et ne réussit jamais à deviner où elle avait attrapé ce mot. Solitaire. Comment imaginer un mot plus triste dans la bouche d'une enfant de deux ans ? mais elle savait dire tant de choses si jeune, elle avait appris à parler si facilement, au début, si intelligemment – peut-être était-ce la cause de son bégaiement, tous ces mots qu'elle connaissait mystérieusement avant que les autres enfants en soient capables d'articuler leur propre nom, peut-être était-ce la charge émotive trop lourde d'un vocabulaire qui comporte la phrase « je me sens solitaire ».
C'est même comme ça qu'on sait qu'on est vivant : on se trompe.
Comme si quelqu'un qui a dépassé l'âge de dix ans pouvait croire qu'on peut subjuguer d'un sourire (si gentil et si chaleureux fût-il) toutes les agressions de l'existence, tout maîtriser quand le bras puissant de l'imprévu vient s'abattre sur vous.
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Les prêtres, ils n'ont jamais eu des idées avancées, sinon ils se seraient pas faits prêtres.
J'étais une biographie en mouvement, une mémoire jusqu'à la moelle des os.
Il n'est guère étonnant que les bribes de réalité que tel chérit comme la trame de sa biographie, tel autre ... les considère comme un voyage en Grande Mythomanie.
Comme si quelqu'un qui a dépassé l'âge de dix ans pouvait croire qu'on peut subjuguer d'un sourire (si gentil et si chaleureux fût-il) toutes les agressions de l'existence, tout maîtriser quand le bras puissant de l'imprévu vient s'abattre sur vous.
C'est même comme ça qu'on sait qu'on est vivant : on se trompe. Peut-être que le mieux serait de renoncer à avoir tort ou raison sur autrui et continuer rien que pour la balade.