Je n'existe pas. Si j'existais, je ne pourrais pas me connaître. Si je me connaissais, je ne pourrais pas dire qui je suis. Si je le disais, personne ne pourrait le comprendre.
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C'est comme si être chrétien, c'était appartenir à une meute où tout le monde se moque de ce qu'on ressent, alors qu'être juif, c'était accepter une origine mais pas pour être avec d'autres, juste pour être seul, et malheureux. C'est comme si cette origine juive était une grosse valise qu'il allait falloir se trimballer pendant toute notre existence.
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Ce qui est monstrueux, c'est qu'être le fils d'une Française ou d'une Italienne ou d'une Espagnole, ça ne te fait pas forcément français, italien ou espagnol, non ? Mais si tu es le fils d'une Juive, pour certains, tu seras inévitablement juif, même si tu ne le veux pas.
Je ne veux pas que mes mots, désormais, soient les esclaves de ton absence. Je ne veux pas que le silence, de nouveau, me contraigne à n'écrire que dans le deuil impossible d'une mort qui ne cesse jamais d'avoir lieu, d'une mort qui ne cesse jamais de mourir – et de ne pas mourir.
L'amour est une mer agitée de vagues et de vents, qui n'a port ni rivage.
Le ridicule ne tue pas, s'il tuait nous serions tous morts ; mais il peut quand même blesser.
Dans la même œuvre
J'ai souvent écrit que l'oubli était plus important que la mémoire. J'ai souvent songé, comme Pasolini, que celui qui oublie jouit plus que celui qui se souvient
Est-ce qu'un Juif qui n'est pas croyant est aussi juif qu'un Juif qui a la foi ? Est-ce qu'un Juif dont les parents ou les grands-parents ne sont pas tous juifs est vraiment juif ? Faut-il admettre qu'il existe une « troisième race », ou les Juifs « partiels », les « quart-Juifs » et les Juifs « à demi et aux trois quarts » sont-ils aussi nocifs que les Juifs « entiers » ?
Et qu'est-ce qu'un Juif qui n'a pas l'air juif, qui n'a pas l'air retors, qui n'a pas les cheveux noirs, qui n'a pas le nez crochu ? Et que dire des Juifs convertis au christianisme ou des Juifs qui ont épousé une Allemande ou des Juives qui ont épousé un Allemand ? Ne jamais savoir réellement ce qu'était au juste cette qualité – ou, comme dirait un antisémite (ou un Juif qui a de l'humour), ce défaut – n'allait pourtant pas empêcher l'administration nazie de réfléchir à comment exproprier les Juifs, puis à comment les concentrer, puis à comment les déporter, puis, enfin, à comment les exterminer.
Il était devenu un fugitif, un traître. Un lâche. Il était devenu celui qui n'était pas là où il aurait dû être, celui qui avait fui, celui qui vivait alors que les siens mouraient.
Il s'enfermait dans un silence de plus en plus lourd, de plus en plus compact, un silence qui, terré tout au fond de son ventre, avait commencé de grandir comme une tumeur maligne, prenant peu à peu possession de sa poitrine, de ses poumons, de sa gorge, de son crâne.