Si quelqu'un a un destin, alors c'est un homme. Si quelqu'un se voit imposer un destin, alors c'est une femme.
❧
Brigitte doit s'arranger pour trouver un mari qui n'aille pas au bistrot. Elle doit s'arranger pour trouver un bel appartement. Elle doit s'arranger pour avoir des enfants. Elle doit s'arranger pour avoir de beaux meubles. Et puis elle doit s'arranger pour n'avoir plus à travailler au-dehors. Mais auparavant elle doit encore s'arranger pour que la voiture soit payée et qu'ils puissent se payer de belles vacances tous les ans.
◆
À lire aussi de Elfriede Jelinek
Au procès, dans sa dernière déclaration, l'assassin a demandé pardon à sa victime avec une gentillesse et une bienveillance extrêmes, sauf que la victime était déjà enterrée depuis longtemps et ne l'a pas entendu.
En réalité Brigitte trouve les nourrissons repoussants, en réalité elle aimerait briser leurs délicates phalanges, larder leurs pauvres petits orteils d'esquilles de bambous, et à la place de la chère tétine fourrer un chiffon crasseux dans la gueule du personnage principal qui vient d'arriver. Afin qu'il apprenne une bonne fois ce que crier veut dire.
L'amour passe, mais la VIE reste.
Beaucoup de gens entrent, intacts, dans le monde du travail, et en ressortent mauvais, endurcis. Brigitte ne veut pas s'endurcir mais se faire engrosser.
Dans la même œuvre
Quand quelqu'un est ainsi dévalorisé, les autres s'en trouvent un peu plus valorisés. Les voici tous, soudain, face à une non-personne, redevenus des personnes.
Beaucoup de gens entrent, intacts, dans le monde du travail, et en ressortent mauvais, endurcis. Brigitte ne veut pas s'endurcir mais se faire engrosser.
La victoire se nomme fertilité. Avec mention spéciale pour la matrice et les ovaires.
Ici le bonheur s'épanouit, ça se voit. Qui ne trouve pas le bonheur dans le paysage, trouve le bonheur dans les enfants et le mari. Qui ne trouve pas le bonheur dans le paysage, les enfants ou le mari, trouve le bonheur dans le travail.
L'amour passe, mais la VIE reste.