Bien que n'ayant pas fait de longues études, ma grand-mère est capable de disserter des heures durant sur les trois guerres puniques contre Rome, la période du protectorat français et l'indépendance sous Bourguiba jusqu'à nos jours. Ses connaissances, apprises sur le tard, m'ont toujours impressionnée. Elle sait tout de la Tunisie, de ses relations avec la France et de la longue histoire entre les deux pays. Je n'ai jamais osé lui demander comment elle avait acquis ce savoir, ne voulant pas raviver la blessure que représente, chez elle, l'abandon de sa scolarité pour la voie « classique » d'un mariage précoce, et la naissance de quatre enfants auxquels elle a consacré toute sa vie.

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Certains « lionceaux » de Daech vont devenir des terroristes, mais pas tous. C'est une réalité nuancée. Je voulais parler de cette partie qui ne le sera pas. Et cette partie-là, je voulais la rattacher à ce qu'il y a de plus beau, de plus fort, la littérature. C'est le point culminant de la transcendance. Il y a un moyen de s'en sortir.
Je suis musulmane mais j'adhère pleinement à la civilisation occidentale.
Pour Houellebecq, Michel Onfray, et d'autres, c'est la fin programmée de la civilisation judéo-chrétienne. Je pense que les valeurs de cette civilisation ne sont pas sa faiblesse, son talon d'Achille, mais sa force. Un exemple concret : Arnaud Beltrame. On a dit qu'il s'était sacrifié. C'est tout l'inverse. C'est une véritable mission, une mission de vie. Il a opposé au terrorisme un vrai projet, un projet de spiritualité.
Les responsables politiques ne l'intéressent pas. Y compris au sommet. A force de couvrir et de parcourir des zones défavorisées, Lena a acquis la conviction que le pouvoir n'est plus depuis longtemps entre leurs mains. Elle a tant de fois touché du doigt leur impuissance dans différentes régions du monde que leur morgue, leur certitude de détenir les clés de l'action lui sont devenues insupportables. Alors que les dirigeants pensent maîtriser le cours des choses, des évènements et du monde, elle les sait dupes d'une cour qui les aveugle.
Je te le dis et te le répète, l'école redeviendra un facteur d'intégration, grâce aux professeurs. Ils incarnent les vecteurs de la cohésion sociale. C'est un métier que je respecte, non pas, parce que je l'ai exercé, plutôt parce que les enseignants ont la capacité de nous élever, de nous intéresser. Certains d'entre eux s'en fichent bien sûr ! Dans tous les métiers, il y a… euh pardon pour ce mot, mais c'est vrai… il y a des cons.
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J'ai toujours été frappée par l'incrédulité que manifestent les parents de ces djihadistes lorsqu'ils apprennent les véritables intentions de leur progéniture. Comme s'ils ne pouvaient accepter, ni même imaginer l'impensable. Je me souviens d'un reportage de la télévision tunisienne, où l'on voyait un père, la mine désespérée, s'exprimer sur le départ de son fils.
De la vision de l'islam à la place de la femme, du terrorisme jusqu'à la notion d'identité, toutes les grandes questions contemporaines sont appréhendées à travers le vécu des deux femmes que nous sommes. De deux générations.
Encore une fois, il faut rappeler la nécessité impérieuse de protéger la fleur tunisienne. Ce pays peut être le symbole du mariage réussi entre islam et démocratie. Beaucoup d'espoirs reposent sur ses épaules encore fragiles. Encourageons pour cela la séparation nette entre religion et politique. Cette connexion est pernicieuse. La gestion des affaires de la cité n'a rien à voir avec le spirituel. Le salut passera par là. C'est un chemin de crête à imaginer. Tous les enfants de Tunisie, où qu'ils soient, doivent garder en tête cet impératif. Il en va de notre avenir à tous.
S'indigner pour le montrer est une maladie contemporaine qui s'affiche de manière obscène sur les réseaux sociaux. Journalistes, philosophes et responsables politiques se sentent désormais obligés de réagir pour réagir. L'indignation est la seule arme qui reste quand la diplomatie a échoué. Elle est devenue l'expression des faibles.
Le sentiment d'appartenance ne se mesure pas au nombre de papiers ni de passeports. Ce n'est pas en supprimant la double nationalité que l'on résoudra le problème, réel, des failles dans notre communauté nationale. C'est un fantasme ! Un fantasme, je te dis !