J'imagine que j'ai souri, mais je ne sais pas. Je sais seulement que j'ai lu ses livres, dès que j'ai appris à déchiffrer l'alphabet, j'ai exploré chaque recoin du palais qu'elle m'avait construit, je me suis perdue et retrouvée, j'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour la satisfaire, la réparer, la récompenser de l'effort immense qu'il avait dû lui falloir pour signifier cela à son premier enfant. J'ai lu. J'ai lu des livres sans cesse, dans une frénésie panique, en cherchant à rattraper le temps, à rattraper ma mère qui semblait tout savoir.
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Bianke adorait la lingerie. Elle aurait tué pour un caraco (mais bien sûr, elle avait tué pour moins que ça aussi).
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Les livres me sont comme des boîtes closes, aux étiquettes terriblement sibyllines et excitantes, et je suis quelqu'un de curieux, bien que peut-être exclusivement dans ce domaine, je veux savoir ce qu'ils renferment, je ne sais pas m'arrêter.
Comme des repères, les livres nous mènent à d'autres livres, ils nous font ricocher- nous lisons comme Dante se laissant guider par Virgile dans la forêt sauvage du pêché. Dans les bibliothèques, dans les librairies, les voir tous côte-à-côte, si nets, comme des compartiments dans un columbarium, chacun renfermant une voix, une aria, je ne connais rien de mieux. Je reviens toujours là. C'est tout.
Dans la famille, personne n'avait jamais gagné assez d'argent pour y croire, alors ils ne croyaient pas à l'argent, ils croyaient à l'expatriation, à la poésie, à la sobriété matérielle, ils croyaient que la littérature était une activité respectable.
Je commençais à penser que j'avais été présomptueux, que ce n'était pas si facile que ça d'interviewer un écrivain, puisque la vérité n'était jamais une base pour eux, mais plutôt une destination, puisqu'ils maîtrisent si bien la fiction que tout ce qu'ils pouvaient imaginer sonnait vrai.