Avec le garçon, pas d'envahissement : sa nature ne le porte ni à la sentimentalité, ni à la jalousie, ni à la graphomanie, ni au besoin qu'on s'occupe de lui ; elle le porte au contraire à souhaiter qu'on le laisse tranquille, et à laisser tranquilles les autres. Il y a dans le protectionnisme quelque chose de réservé et de dépouillé, mettons quelque chose de sec, qui est très classique : souviens-toi de la litote du Parc ; sans parler de la réserve que nous impose la société. Avec les femmes — du moins si j'en crois les livres, car mon expérience d'elles est nulle, — c'est le contraire ; il faut toujours en dire et en faire plus qu'on ne sent : débordement et étalage, auxquels s'ajoute l'étalage de la publicité extravagante donnée à cet amour. Tout cela est romantique. L'amour des femmes, c'est l'amour tumultueux ; l'amour des garçons, c'est l'amour paisible, qui vous laisse l'esprit libre. De là le vers de Properce : « A mon ennemi je souhaite une femme. A mon ami un jeune garçon.»

À lire aussi de Henry de Montherlant

Il y en a qui portent leur crainte. D'autres qui la traînent.
Il n'y a qu'une préparation à la mort: elle est d'être rassasié.
Après vingt ans d'intimité, on peut se trouver moins unis que si on ne s'était vus qu'une fois. La présence quotidienne, la confiance, les soucis partagés ne créent rien; mieux, il arrive qu'ils séparent. L'habitude sépare.
Quelle révélation! Les écailles me sont tombées des yeux. Tout cela est aveuglant.
L'infini est dans le coeur de l'homme, et non ailleurs.
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Dans la même œuvre

Nous mourons, quand il n'y a plus personne pour qui nous voulions vivre.
Je l'aime dans ce qu'il ne fait pas pour moi et je l'aimerais dans le mal qu'il ferait. Je l'aime dans ce qu'il ne fait pas pour moi, et je l'aimerais dans ce qu'il ferait contre moi.
Il distinguait bien, déjà, que ce sont les parents, les épouses, les enfants, les maîtresses qui vous engluent dans une merdouille de petits honneurs. Et c'est la solitude, cette aile, qui vous en tire et vous soulève.
Jusqu'à douze ans — oui, douze ans sonnés ! — il venait dans le lit de sa mère, une demi-heure, avant d'aller se coucher. Elle le tenait contre elle, en chemise de nuit, chaud comme un oison ; ils causaient, quelquefois ils lisaient le même livre ; c'est ainsi qu'ils lurent ensemble le début de Quo Vadis : l'amour des Romains prit naissance sous le drap, ce qui était parfaitement adapté. Tant qu'il y eut la gouvernante anglaise, à neuf heures précises elle frappait : Alby, it's time. Mme de Bricoule maudissait la gouvernante, dans son langage peu châtié, dès qu'elle avait tourné le dos. Un jour, à douze ans, sans savoir même ce qu'il faisait, il toucha sa mère où il ne faut pas. Elle lui dit le lendemain : « Maintenant tu ne viendras plus dans mon lit. Tu es trop grand. » Il l'accueillit sans y prendre garde, comme il avait fait son geste sans y prendre garde. Mais, elle, ce petit homme chaud lui manquait durement.
Alban, en étude, songeait que tout à l'heure — il regarda sa montre : dans une heure dix environ —il donnerait un baiser à Aymery de La Maisonfort, à qui il n'avait adressé la parole que deux ou trois fois, et toujours ès choses les plus indifférentes. Le premier être humain qu'il baiserait au visage, du moins d'un baiser « passionnel ».