Auteur

Yves Bonnefoy

Fils du savoir, le péché est le père du savoir.
Il est aisé d'être poète parmi les dieux.
Il n'est plus de désert puisque tout est en nous.
Il y a des mirages de la clarté.
Il y a des yeux grands ouverts au secret des yeux fermés.
La connaissance est le dernier recours de la nostalgie.
Le dormeur est une ombre, lui qui ouvre sa porte aux ombres.
Le feu qui nous réchauffe dit qu'il n'est pas le vrai feu.
Le silence est comme l'ébauche de mille métamorphoses.
Pour avoir voulu libérer, il rend esclave.
Rien n'est vrai qui ne se prouve par la mort.
Je célèbre la voix mêlée de couleur grise - Qui hésite aux lointains du chant qui s'est perdu.
L'invisible ... ce n'est pas la disparition, mais la délivrance du nuisible.
Au-dessus de nous deux, qui avons voulu - Le noeud, le déliement, une énergie s'accumula entre deux hauts flancs sombres.
Donne-moi ta main sans retour, eau incertaine - Que j'ai désemppierrée jour après jour - Des rêves qui s'attardent dans la lumière.
Lisse-moi, farde-moi. Colore mon absence. - Désoeuvre ce regard qui méconnaît la nuit.
Eternité du cri - De l'enfant qui semble - Naître de la douleur - Qui se fait lumière.
Longtemps ce fut l'été. Une étoile immobile - Dominait les soleils tournants. L'été de nuit - Portait l'été de jour dans ses mains de lumière - Et nous nous parlions bas, en feuillage de nuit.
La tête quadrillée les mains fendues et toute - En quête de la mort sur les tambours exultants de tes gestes.
Aimer la perfection parce qu'elle est le seuil, - Mais la nier aussitôt connue, l'oublier morte, - L'imperfection est la cime.
C'était comme en labour de terre difficile - L'instant nu, déchiré - Où l'on sent que le fer trouve le coeur de l'ombre - Et invente la mort sous un ciel qui change.
Plutôt le lierre, disais-tu, l'attachement du lierre aux pierres de sa nuit: présence sans issue, visage sans racine.
La salamandre surprise s'immobilise - Et feint la mort. - Tel est le premier pas de la conscience dans les pierres - Le mythe le plus pur, - Un grand feu traversé, qui est esprit.
L'aliénation la plus grande est aussi ce qui peut conduire, si quelque barrière cède, à la plus extrême poésie.

Œuvres de Yves Bonnefoy

Arthur Rimbaud (1961)Dans le leurre du seuil (1975), Deux barquesHier régnant désertL'ImprobablePoèmesPoèmes (1947–1975) (1978), Les nuéesPoèmes 1947-1975 (1978)Poèmes 1947-1975 (1978), L'été de nuitPoèmes 1947-1975 (1978), L'été vieillisantPoèmes 1947-1975 (1978), La TerrePoèmes 1947-1975 (1978), Le feuillage éclairéPoèmes 1947–1975 (1978), CassandrePoèmes, Lieu de la salamandreRimbaud par lui-mêmeUn rêve fait à Mantoue (1980)