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Truman Capote

Mais le bruit du vent n'était qu'un murmure dans ma tête sous le crépitement des serpents à sonnette déchainés, avec leurs langues sifflantes.
Avec son intelligence, son tempérament et sa culture générale, il était surprenant qu'elle n'eût pas cherché un cadre plus vaste à ses aptitudes qu'une salle d'école remplie de gosses de six ans. « Non, me dit-elle. Je suis très heureuse. Je fais ce qui me plaît. Enseigner les petits. Être là au commencement, voilà ce que j'aime. »
C'est une femme qui a déjà quitté la vie. Elle regarde derrière elle par une porte - sans regret.
Je sus que j'entrais dans un autre monde que celui que je pouvais découvrir de la maison, et aussi que j'étais parti pour un long voyage. il ne s'agissait plus d'aller en ville, cette fois, mais beaucoup plus loin ; un voyage comme j'en avais jamais fait.
Grand-père ne quittait pas son état de torpeur car il sentait bien qu'il se tramait quelque chose. Il ne parlait plus à personne et boudait dans son coin. Il réagissait toujours ainsi lorsqu'on lui cachait ce qui n'allait pas. Quand le problème s'aggravait, ce qui ne manquait jamais d'arriver, il finissait par être au courant ; et alors il me prenait sur ses genoux, m'installait confortablement et m'exposait son point de vue sur la situation.
On ne se donna jamais la peine de retourner la-bas du vivant de grand père, même si papa n'arrêtait pas d'en parler et, à présent, il n'y avait plus rien là-bas,sinon des souvenirs ; mais peut-être qu'un jour, avant de mourir, je retournerai y vivre.
Grand-père m'expliqua que notre secret n'aurait de valeur que si nous tenions nos promesses respectives. Il m'assura qu'il répondrait à mes lettres chaque semaine et qu'il mettrait ma photo sur la commode de sa chambre à côté de celles de grand-mère, de maman et de papa.
Maman et Papa me tournèrent le dos et s'éloignèrent, me laissant seul avec ce cadre que je tenais entre mes mains avec le plus profond respect. Je fondis en larmes et alors me vinrent ces paroles: « Ceci est mon héritage, mon passé qui ne me quittera plus jamais. Grand-Père l'a gardé sur sa commode toutes ces années. Il devait être au supplice quand il se surprenait à les regarder au plus profond de la détresse.»
Mais le vent, c'est nous. Il recueille et se rappelle toutes nos voix et il les reproduit, il les fait parler, raconter, à travers les feuilles et les champs - j'ai entendu papa aussi clair que le jour.
Si un magicien voulait un jour me faire quelque présent, qu'il me donne un flacon rempli des voix de la cuisine, les ha ha ha et le murmure du feu, un flacon débordant des arômes beurrés, sucrés, de toutes ces pâtisseries.

Œuvres de Truman Capote

Cercueils sur mesure (1982)De sang-froid (1965)La Traversée de l'été (2005)La harpe d'herbes (1951)Les chiens aboient (1973)Petit déjeuner chez Tiffany (1958)Un Noël (1983)Un été indien (1985)