Auteur

Toni Morrison

— Ça veut dire qu'il faut qu'elle trinque si elle agit n'importe comment. Tu ne peux pas la protéger à chaque minute. Qu'est-ce qui se passera quand tu mourras ?
Le temps était si lumineux, plus lumineux qu'à son souvenir. Ayant absorbé tout le bleu du ciel, le soleil se prélassait dans un paradis blanc, menaçait Lotus, torturait son paysage, mais échouait, échouait, sans cesse échouait à le réduire au silence.
Les insultes faisaient partie des ennuis de l'existence, comme les poux.
Dans le silence qui suivit l'explosion, les plaintes flottèrent comme les notes de violoncelle bon marché qui émanent des cages à bestiaux dans lesquelles les bovins flairent leur avenir baigné de sang.
Nous ne façonnons jamais le monde, dit-elle. C'est le monde qui nous façonne.
La récolte du coton brisait le corps mais rendait l'esprit libre pour des rêves de vengeance, des images de plaisir illégal - voire d'ambitieux projets d'évasion.
Je reviens juste de toi, douloureuse de péché mais déjà impatiente d'en avoir plus.
C'est l'amie de mon esprit. Elle me rassemble, vieux. Les morceaux que je suis, elle les rassemble et elle me les rend tout remis en ordre. C'est bon, tu sais, d'avoir une femme qui est l'amie de ton esprit.
Etant une minorité à la fois comme caste et comme classe, nous vivions sur l'ourlet de la vie, en luttant contre notre faiblesse et en nous battant pour nous accrocher ou pour grimper sans aide dans les grands plis du vêtement.
Tu dis que tu vois des esclaves plus libres que des hommes libres. L'un est un lion dans la peau d'un baudet. L'autre est un baudet dans la peau d'un lion.
Une petite fille. Qui essayait de se trouver un endroit alors que rien ne mène à rien.
Recevoir le pouvoir de dominer autrui est chose difficile, s'emparer de force de ce pouvoir est chose erronée, donner ce pouvoir sur soi-même à autrui est chose mauvaise.
Celui qui est aimé est dépouillé, neutralisé, figé dans l'éclat de l'oeil intérieur de celui qui aime.
Comment est-ce qu'on fait ? Je veux dire, comment est-ce qu'on fait pour que quelqu'un vous aime ?
Durant cette poignée de main, les deux hommes se regardèrent droit dans les yeux, sans rien dire et en disant tout, comme si adieu signifiait ce qu'il avait voulu dire autrefois : je te recommande à Dieu.
C'est la haine qui fait cet effet. Elle consume tout, sauf elle-même, si bien que, quel que soit votre chagrin, votre visage devient exactement le même que celui de votre ennemi.
Je veux voir un flic tirer sur un adolescent blanc et sans défense. Je veux voir un homme blanc incarcéré pour avoir violé une femme noire. Alors ­seulement, si vous me demandez : « En a-t-on fini avec les distinctions raciales ? , je vous répondrai oui. »
Bien élevés à des tas d'égards. Tu sais, du genre qui connaît Jésus par son prénom mais qui, par politesse, ne s'en sert jamais, même en Le regardant en face.
Que tout Blanc avait le droit de se saisir de toute votre personne pour un oui ou pour un non. Pas seulement pour vous faire travailler, vous tuer ou vous mutiler, mais pour vous salir. Vous salir si gravement qu'il vous serait à jamais impossible de vous aimer. Vous salir si profondément que vous en oubliiez qui vous étiez et ne pouviez même plus vous en souvenir. Et qu'alors même qu'elle, Sethe, et d'autres étaient passés par là et y avaient survécu, jamais elle n'aurait pu permettre que cela arrive aux siens. Le meilleur d'elle, c'étaient ses enfants. Les Blancs pouvaient bien la salir, elle, mais pas ce qu'elle avait de meilleur, ce qu'elle avait de beau, de magique -la partie d'elle qui était propre.
Elle n'a pas peur de la nuit parce qu'elle a la même couleur, mais le jour, chaque bruit ressemble à un coup de fusil ou au pas feutré d'un poursuivant.
Il y a une solitude que l'on peut bercer. Bras croisés, genoux remontés, on se tient, on se cramponne et ce mouvement, à la différence de celui d'un bateau, apaise et contient l'esseulé qui se berce. C'est une solitude intérieure, qui enveloppe étroitement comme une peau. Puis il y a une solitude vagabonde, indépendante. Celle-là, sèche et envahissante, fait que le bruit de son propre pas semble venir de quelque endroit lointain.
Arriver quelque part où l'on pouvait aimer tout ce que l'on voulait - ne pas avoir besoin d'autorisation pour désirer -, eh bien, ça c'était la liberté.
Il y a une façon d'y installer la folie, et il y a une façon de l'en chasser. Je les connais toutes les deux, et je n'ai pas encore découvert laquelle est la pire.
Un homme, c'est pas un putain de hache. Qui fend, tronçonne, casse chaque putain de minute de la journée. Il y a des choses qui le heurtent. Des choses qu'il ne peut pas démolir parce qu'elles sont en dedans.
Les Blancs étaient persuadés que, quelles que fussent leurs manières, sous toute peau sombre se cachait une jungle. Eaux rapides et non navigables, babouins hurlant et se balançant, serpents endormis, gencives rouges prêtes à boire le doux sang blanc. En un sens pensait Acquitté, ils avaient raison. Plus les gens de couleur dépensaient d'énergie à tenter de convaincre les Blancs de leur douceur, de leur intelligence et de leur nature aimante, humaine, plus ils s'épuisaient à les convaincre de ce dont eux, les Noirs, ne pensaient pas que l'on pût douter, et plus la jungle s'épaississait en eux et devenait inextricable.

Œuvres de Toni Morrison

Au quotidien The Telegraph en 2015Beloved (1987)Home (2012)Interview magazine Salon, février 1998L'oeil le plus bleu (1994)Love (2004)Un don (2009)