Auteur

Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort

Il y a certains défauts qui préservent de quelques vices épidémiques: comme on voit, dans un temps de peste, les malades de fièvre quarte échapper à la contagion.
Les corps (parlements, académies, assemblées) ont beau se dégrader: ils se soutiennent par leur masse, et on ne peut rien contre eux. Le déshonneur, le ridicule glissent sur eux, comme les balles de fusil sur un sanglier, sur un crocodile.
Une âme fière et honnête, qui a connu les passions fortes, les fuit, les craint, dédaigne la galanterie; comme l'âme, qui a senti l'amitié, dédaigne les liaisons communes et les petits intérêts.
En fait de sentiments, ce qui peut être évalué n'a pas de valeur.
Paris, singulier pays, où il faut trente sous pour dîner; quatre francs pour prendre l'air; cent louis pour le superflu dans le nécessaire, et quatre cents louis pour n'avoir que le nécessaire dans le superflu.
Il y a entre les moeurs anciennes et les nôtres le même rapport qui se trouve entre Aristide, contrôleur général des athéniens, et l'abbé Terray.
Tout bienfait qui n'est pas cher au coeur est odieux. C'est une relique ou un os de mort: il faut l'enchâsser ou le fouler aux pieds.
A la cour tout est courtisan: le prince du sang, le chapelain de semaine, le chirurgien de quartier, l'apothicaire.
Soyez aussi aimable, aussi honnête qu'il est possible, aimez la femme la plus parfaite qui se puisse imaginer; vous n'en serez pas moins dans le cas de lui pardonner ou votre prédécesseur, ou votre successeur.
Dans les choses, tout est affaires mêlées; dans les hommes, tout est pièces de rapport . Au moral et au physique, tout est mixte: rien n'est un, rien n'est pur.
Un homme d'esprit est perdu s'il ne joint pas à l'esprit l'énergie de caractère. Quand on a la lanterne de Diogène, il faut avoir son bâton.
C'est à l'amour maternel que la nature a confié la conservation de tous les êtres; et, pour assurer aux mères leur récompense, elle l'a mise dans les plaisirs; et même dans les peines attachées à ce délicieux sentiment.
J'ai à me plaindre des choses très certainement, et peut-être des hommes, mais je me tais sur ceux-ci; je ne me plains que des choses; et, si j'évite les hommes, c'est pour ne pas vivre avec ceux qui me font porter le poids des choses.
Le peintre donne une âme à une figure, et le poète prête une figure à un sentiment et à une idée.
Il y a des livres que l'homme qui a le plus d'esprit ne saurait faire sans un carrosse de remise, c'est-à-dire sans aller consulter les hommes, les choses, les bibliothèques, les manuscrits, etc.
Quand on soutient que les gens les moins sensibles sont, à tout prendre, les plus heureux, je me rappelle le proverbe indien: «il vaut mieux être assis que debout, être couché qu'assis; mais il vaut mieux être mort que tout cela.»
Semblable aux animaux qui ne peuvent respirer l'air à une certaine hauteur sans périr, l'esclave meurt dans l'atmosphère de la liberté.
Le travail du poète, et souvent de l'homme de lettres, lui est bien peu fructueux à lui-même: et, de la part du public, il se trouve placé entre le grand merci et le va te promener. Sa fortune se réduit à jouir de lui-même et du temps.
L'ambitieux qui a manqué son objet, et qui vit dans le désespoir, me rappelle Ixion mis sur la roue pour avoir embrassé un nuage.
L'homme sans principes est aussi ordinairement un homme sans caractère; car, s'il était né avec du caractère, il aurait senti le besoin de se créer des principes.
C'est la philosophie qui découvre les vertus utiles de la morale et de la politique. C'est l'éloquence qui les rend populaires. C'est la poésie qui les rend pour ainsi dire proverbiales.
Les gens qui croient aimer un prince, dans l'instant où ils viennent d'en être bien traités, me rappellent les enfants qui veulent être prêtres le lendemain d'une belle procession, ou soldats le lendemain d'une revue à laquelle ils ont assisté.
Pourquoi les hommes sont-ils si sots, si subjugués par la coutume ou par la crainte de faire un testament; en un mot, si imbéciles, qu'après eux ils laissent aller leurs biens à ceux qui rient de leur mort plutôt qu'à ceux qui la pleurent?
Les courtisans et ceux qui vivaient des abus monstrueux qui écrasaient la France sont sans cesse à dire qu'on pouvait réformer les abus sans détruire comme on a détruit. Ils auraient bien voulu qu'on nettoyât l'étable d'Augias avec un plumeau.
Vous rencontrez le baron De Breteuil; il vous entretient de ses bonnes fortunes, de ses amours grossières, etc.; il finit par vous montrer le portrait de la reine au milieu d'une rose garnie de diamants.

Œuvres de Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort

A celle qui n'est plusCaractères et AnecdotesCaractères et Anecdotes, Bourdaloue à RouenCaractères et Anecdotes, DespotismeCaractères et Anecdotes, Mot d'une jeune fille sur la mortCaractères et Anecdotes, Paradis de DuclosCaractères et Anecdotes, Perroquet et notableExpirant à Sieyès.Fragments inéditsHistoireJournal de ParisLa jeune Indienne (1764)MaximesMaximes et PenséesMaximes et Pensées, Caractères et Anecdotes (1795)Maximes et Pensées, Caractères et Anecdotes (1795), 1038Maximes et Pensées, Caractères et Anecdotes (1795), 1077Maximes et Pensées, Caractères et Anecdotes (1795), 1087Maximes et Pensées, Caractères et Anecdotes (1795), 1106Maximes et Pensées, Caractères et Anecdotes (1795), 1119