Auteur

Robert Desnos

J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Amoureux voyageur sur la carte du tendre, pourquoi nourrir vos nuits d'une tarte de cendre?
Où est-il le temps des galères et celui des caravelles? Il est loin comme une minute de sable dans le trébuchet du destin.
Ma plume est une aile et sans cesse, soutenu par elle et par son ombre projetée sur le papier, chaque mot se précipite vers la catastrophe ou vers l'apothéose.
Ce que nous demandons au cinéma, c'est ce que l'amour et la vie nous refusent, c'est le mystère, c'est le miracle.
Ce que nous demandons au cinéma, c'est l'impossible, c'est l'inattendu, le rêve, la surprise, le lyrisme qui effacent les bassesses dans les âmes et les précipitent enthousiastes aux barricades et dans les aventures.
Le Capitaine Jonathan, - Etant âgé de dix-huit ans - Capture un jour un pélican - Dans une île d'Extrême-orient, - - Le pélican de Jonathan - Au matin, pond un oeuf tout blanc - Et il en sort un pélican - Lui ressemblant étonnamment.
Et ce deuxième pélican - Pond, à son tour, un oeuf tout blanc - D'où sort, inévitablement - - Un autre, qui en fait autant. - - Cela peut durer pendant très longtemps - Si l'on ne fait pas d'omelette avant.
Les dents des femmes sont des objets si charmants qu'on ne devrait les voir qu'en rêve ou à l'instant de la mort.
Bébé Cadum magnifiquement éclairé reste seul, témoin attentif des événements dont la rue, espérons-le, sera le théâtre.
Héritiers impatients conduisez vos ascendants à la chambre des tonnerres.
Nul paradis n'est permis à qui s'est rendu compte un jour de l'existence de l'infini.
L'éternité comme une immense coquille d'oeuf m'entoure de tous côtés et voici que la liberté, belle lionne, se métamorphose à son gré.
Pauvre étoile brillante à l'abri des pêcheurs elle étend voluptueusement ses cinq branches délicates et fait tant que l'huître libère à la fin la perle dont le temps et la maladie lui avaient fait don.
Voix d'une femme, qui sort d'un lampadère, la nuit, rue de Rivoli. - Veux-tu, chéri, cueillir des pigments biliaires au champ n° 3 dans la campagne de la chansonnette ? Le champ n° 3 ? j'y suis allé sur les mains.
La nuit tombe, une nuit noire et méchante qui les égare des feux mouvants d'une forge aux blêmes lumières d'un homicide océan.
L'Assassin, fidèle amant de la Nuit, se présente devant sa maîtresse à l'épouvantement du paysage qui voit les deux figures blêmes s'accoler au milieu des fleurs d'aconit.
Là-bas, d'autres gouttes d'eau connaissent la compagnie des poissons (qui dira l'extraordinaire importance des poissons en poésie ? ils évoquent le feu et l'eau et ce sont eux que regrettent les gouttes dans les conduites de plomb de la cité).
Morts férus de morale votre tribu attend-elle toujours un tribunal ?
C'est après-demain la grande immigration. L'écliptique deviendra une petite spirale violette. La terre aura deux chignons de verdure et une ceinture de chasteté en glace.
Avez-vous la monnaie de ma pièce ? Personne au monde ne peut avoir la monnaie de ma pièce.
L'étoile du Nord à l'étoile du Sud envoie ce télégramme ! Décapite à l'instant ta comète rouge et ta comète violette qui te trahissent. - L'étoile du Nord.
La magie des couleurs qui, pour les peintres, n'est pas encore un lieu commun, tenait dans ma petite cuillère. Je l'avais en effet trempée dans du pétrole de première qualité.
Dans la nuit il y a toi sans doute que je ne connais pas, que je connais au contraire. Mais qui, présente dans mes rêves t'obstines à s'y laisser deviner sans y paraître.
Je suis seul, capable encore et plus que jamais d'éprouver la passion. L'ennui, l'ennui que je cultive avec une rigoureuse inconscience pare ma vie de l'uniformité d'où jaillissent la tempête et la nuit et le soleil.

Œuvres de Robert Desnos

C'est les bottes de sept lieues cette phrase: \"Je me vois.\"Chantefables et chantefleurs (1970), La fourmiCité par Pierre Seghers dans La Résistance et ses poètes.Corps et biensCorps et biens (1930)Deuil pour deuilEtat de veilleEtat de veille (1943), Le cimetièreFortunesLa Liberté ou l'Amour (1927)Le Bain avec AndromèdeLe PélicanLe Soir, 2 avril 1927.Les Espaces du sommeilLes Pénalités de l'Enfer (1922)Nouvelles-Hébrides et autres textes (1922-1930)Rrose Selavy (1922)Rrose Sélavy (1922-1923)