A critiquer l'irrémédiable, on perd son temps.
Il semble que le génie des peuples, comme celui des individus, soit d'être, avant tout, sensuel. Toutes les villes qui ont régné sur le monde : Babylone, Alexandrie, Athènes, Rome, Venise, Paris, ont été, par une loi générale, d'autant plus licencieuses qu'elles étaient plus puissantes, comme si leur dissolution était nécessaire à leur splendeur.
Ceux qui n'ont pas senti jusqu'à leur limite, soit pour les aimer, soit pour les maudire, les exigences de la chair, sont par là même incapables de comprendre toute l'étendue des exigences de l'esprit. De même que la beauté de l'âme illumine tout un visage, de même la virilité du corps féconde seule le cerveau.
Les femmes qu'on a beaucoup aimées forment dans la mémoire une famille d'élection et la rencontre d'une ancienne maîtresse, même haïe, même oubliée, éveille un trouble inattendu d'où peut rejaillir l'amour nouveau.
Il n'y a que deux manières d'être malheureux : ou désirer ce qu'on n'a pas, ou posséder ce qu'on désirait.
On s'agite, on lutte, on espère, quand une seule chose est précieuse : savoir titrer de l'instant qui passe toutes les joies qu'il peut donner, et ne quitter son lit que le moins possible
L'âme féminine est d'une simplicité à laquelle les hommes ne peuvent croire. Où il n'y a qu'une ligne droite ils cherchent obstinément la complexité d'une trame: ils trouvent le vide et s'y perdent.
L'autorité s'exerce. Elle ne défère point. Elle seule discute son droit, limite son domaine et décide de son action.
La confiance personnelle se fait aisément partager; et rien n'est plus dangereux pour un supérieur que de méditer avant de répondre.
J'ai la conviction que la critique est pour longtemps une science factice et que le talent n'est soumis à aucune espèce de règle dont on puisse lui reprocher la méconnaissance.
L'amour est un art, comme la musique. Il donne des émotions du même ordre, aussi délicates, aussi vibrantes, parfois peut-être plus intenses.
Les fleurs qui vont fleurir vont toutes naître de moi ; le vent qui souffle est mon haleine ; toutes les étoiles sont dans mes yeux.
Œuvres de Pierre Louÿs
Aphrodite (1929)Aphrodite (1929), I, 3Aphrodite (1929), I, 5Aphrodite (1929), II, 7Aphrodite (1929), IV, 4Aphrodite (1929), V, 5La Femme et le Pantin (1898)Les Aventures du roi Pausole (1901)Les Aventures du roi Pausole (1901), I, 2Les Chansons de Bilitis (1894), Hymne à la nuitLettres à divers, Le manuscrit autographe, septembre 1929PoèmesPoétiquePréface d'Aphrodite (1929)Scènes de péripatéticiennes