Auteur

Pierre Corneille

Que cependant Félix m'immole à ta colère; qu'un rival plus puissant éblouisse ses yeux; qu'aux dépens de ma vie il s'en fasse beau-père, et qu'à titre d'esclave il commande en ces lieux: je consens, ou plutôt j'aspire à ma ruine.
Va, tu l'as pris en traître; un guerrier si vaillant - N'eût jamais succombé sous un tel assaillant.
Pour moi! Mon ennemi! L'objet de ma colère! L'auteur de mes malheurs! L'assassin de mon père!
Ce coeur impitoyable à ma perte s'obstine, et dit qu'il m'aime encore alors qu'il m'assassine.
L'ambition déplaît quand elle est assouvie, d'une contraire ardeur son ardeur est suivie.
Qui marche assurément n'a point peur de tomber: - Dieu fait part, au besoin, de sa force infinie. - Qui craint de le nier, dans son âme le nie: - il croit le pouvoir faire, et doute de sa foi.
Honteux attachements de la chair et du monde, - Que ne me quittez-vous, quand je vous ai quittés?
Apaisez donc sa crainte, et calmez la douleur dont son âme est atteinte. - Elle revient.
Percé jusques au fond du coeur d'une atteinte imprévue aussi bien que mortelle, misérable vengeur d'une juste querelle, et malheureux objet d'une injuste rigueur, je demeure immobile, et mon âme abattue cède au coup qui me tue.
Et rien à négliger: le trop de confiance attire le danger; et vous n'ignorez pas qu'avec fort peu de peine un flux de pleine mer jusqu'ici les amène.
On entreprend assez, mais aucun n'exécute; il est des assassins, mais il n'est plus de Brute: enfin, s'il faut attendre un semblable revers, il est beau de mourir maître de l'univers.
L'heureux moment approche où votre destinée - Semble être aucunement à la nôtre enchaînée, - Puisque d'un droit d'aînesse incertain parmi nous - La nôtre attend un sceptre et la vôtre un époux.
D'un jeune audacieux punissez l'insolence: il a de votre sceptre abattu le soutien, il a tué mon père.
Recevez tout l'honneur qu'on vous doit aujourd'hui: l'ambassadeur romain me demande audience; il verra ce qu'en vous je prends de confiance; vous l'écouterez, prince, et répondrez pour moi.
J'en accepte l'augure, et j'ose l'espérer: ainsi toujours les dieux vous daignent inspirer!
Il est tard, après tout, de m'en vouloir dédire. Aujourd'hui l'on s'assemble, aujourd'hui l'on conspire; l'heure, le lieu, le bras se choisit aujourd'hui; et c'est à faire enfin à mourir après lui.
Quand l'âge dans mes nerfs a fait couler sa glace, - Votre rare valeur a bien rempli ma place; - Enfin, pour épargner les discours superflus, - Vous êtes aujourd'hui ce qu'autrefois je fus.
Reprends auprès de moi ta place accoutumée; rentre dans ton crédit et dans ta renommée; qu'Euphorbe de tous trois ait sa grâce à son tour; et que demain l'hymen couronne leur amour.
Cependant à Pompée élevez des autels: - Rendez-lui les honneurs qu'on rend aux immortels; - Par un prompt sacrifice expiez tous vos crimes; - Et surtout pensez bien au choix de vos victimes.
Je l'attaquai par là, par là je pris son âme; - Dans mon peu de mérite elle me négligeoit, - Et ne put négliger le bras qui la vengeoit: - Elle n'a conspiré que par mon artifice; - J'en suis le seul auteur, elle n'est que complice.
On va d'un pas plus ferme à suivre qu'à conduire; l'avis est plus facile à prendre qu'à donner: on peut mal obéir comme mal ordonner; mais il est bien plus sûr d'écouter que d'instruire.
Soyez donc notre avocate, tournez vers nous ces yeux qui ne sont que miséricorde.
Soudain nous entassons, pour défenses nouvelles, - Bancs, tables, coffres, lits, et jusqu'aux escabelles: - Nous nous barricadons, et dans ce premier feu, - Nous croyons gagner tout à différer un peu.
Ce sont des bibliothèques vivantes, prêtes à fournir diverses recherches sur tout ce qui peut tomber en dispute.
Grenade et l'Aragon tremblent quand ce fer brille; mon nom sert de rempart à toute la Castille: sans moi, vous passeriez bientôt sous d'autres lois, et vous auriez bientôt vos ennemis pour rois.

Œuvres de Pierre Corneille

Agésilas (1666), II, 7Andromède (1650)Attila (1667), I, 2, ValamirAttila (1667), IV, 6, ArdaricAttila, I, 2, ValamirChansonCinna, ou La clémence d'Auguste (1640)Cinna, ou La clémence d'Auguste (1640), I, 2, EmilieCinna, ou La clémence d'Auguste (1640), I, 4Cinna, ou La clémence d'Auguste (1640), II, 1, AugusteCinna, ou La clémence d'Auguste (1640), II, 1, CinnaCinna, ou La clémence d'Auguste (1640), III, 1, EuphorbeCinna, ou La clémence d'Auguste (1640), III, 2, CinnaCinna, ou La clémence d'Auguste (1640), III, 5, EmilieCinna, ou La clémence d'Auguste (1640), IV, 2, AugusteCinna, ou La clémence d'Auguste (1640), IV, 4Cinna, ou La clémence d'Auguste (1640), V, 1, AugusteCinna, ou La clémence d'Auguste (1640), V, 1, CinnaCinna, ou La clémence d'Auguste (1640), V, 2, CinnaCinna, ou La clémence d'Auguste (1640), V, 3, Auguste