Auteur

Paul Masson

Mal de dents, mal d'amour. Cette ridicule affection ne peut donc pas se passer de bandeau?
On rencontre de par le monde d'austères moralistes toujours à cheval sur le devoir. Mais ils ont un manège en ville.
Si tous les hommes descendent du singe, pourquoi l'humanité compte- t-elle tant de serpents, d'ânes, de caméléons, de bécasses et de tigres?
On ne peut faire saigner un coeur sans être éclaboussé.
La mort est le meilleur médecin. Une visite lui suffit.
C'est une grave question, qui a le mieux aimé: celui que l'amour a rendu fou ou celui qu'il a rendu sage.
La vérité ne gagne pas à voyager, il suffit pour l'altérer du plus court espace: celui de l'oreille à la bouche.
Tout commerce d'amitié pour devenir florissant doit commencer par vendre à perte.
Il en est des idées comme des femmes. Dix coûtent moins à nourrir qu'une seule à habiller.
Certains portent leur point d'honneur comme un point de côté.
Demandez à un géomètre la mesure de la terre, mais ne lui demandez pas celle de son nez.
La vie est un songe, mais les veilleurs de nuit crient trop fort.
Certaines gens ne résistent pas au plaisir de river son clou à leur meilleur ami, même si la pointe a pénétré en plein coeur.
L'occasion, dit-on, fait les larrons; elle fait peut-être aussi les Christs.
La religion se fera de plus en plus commode. On finira par monter au ciel en ascenseur.
Les mendiants d'amour sont les plus nerveux de tous. Quand on ne remplit pas la main qu'ils tendent, ils ferment aussitôt le poing.
La femme ne veut, dit-on, qu'une chose: être préférée. Elle doit donc nous permettre de comparer.
Nul n'a le droit de se proclamer heureux avant sa mort, mais après, encore beaucoup moins.
Le sort de l'amour, cette passion tragique, dépend d'un tout petit pli du visage; il naît d'un sourire, niche dans une fossette et meurt d'une ride.
Par la parole l'homme est supérieur à l'animal; par le silence à lui-même.
Sur le manuscrit de l'amour, l'homme surcharge, la femme biffe.
Il ne faut pas juger de l'arbre par l'écorce. Les Auvergnats portent, volontiers des vêtements de velours.
Il y a des gens dont le cerveau est comme un pulvérisateur. Ils n'émettent pas des opinions, ils les émiettent.
L'amour est l'escalier qui mène au ciel, la foi en est le garde-fou.
Pour persuader la multitude, il ne faut que des cris et des gestes; le peuple n'écoute pas, il regarde parler.

Œuvres de Paul Masson

Cité par Willy, dans l'Année fantaisiste, 1893.Le Fond de la besace d'un YoghiLes Pensées d'un Yoghi (1896)