Auteur

Michel Leiris

Rien ne me paraît ressembler autant à un bordel qu'un musée.
Un amour durable, c'est un sacré qui met longtemps à s'épuiser.
Toute poésie vraie est inséparable de la Révolution.
Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles.
Il faut mentir s'il n'y a que du mal à attendre de l'aveu d'une vérité.
Ne pas produire un beau mensonge, mais une vérité qui serait aussi belle que le plus beau mensonge.
Tout le chagrin du monde dans une seule coupe de vin.
Vient un jour où il n'y a plus de magie à être nu.
Aujourd'hui j'écris pour substituer à mon angoisse majeure une angoisse moindre: celle de l'artisan inquiet de faire au mieux.
A elle qui gagnait sa vie en tapant à la machine toute la journée, sa joie était de se changer, la nuit, en clavier que son amant manipulait.
J'étais à même de me prêter allègrement aux peines et aux joies de la vie touristique.
Ces heures apparemment d'innocente liberté se déroulaient dans l'artificialité ouatée d'un appartement de Passy.
Beauté c'est la couronne ardente - c'est la rumeur qui parcourt l'arbre - du coeur à l'écorce par l'aubier.
La petite prostituée nous avait dit qu'elle était internée dans son bocard depuis quatorze mois.
Son cri pénètre de force dans les courtines, défonce les baldaquins dorés puis s'effondre à bout de tout et coagule au creux des draps.
Il n'est jusqu'à la coleta, petit chignon (aujourd'hui postiche) que les toreros portent comme signe de leur profession, qui ne rappelle la tonsure des prêtres.
Durant les années qui suivirent immédiatement le 11 novembre 1918, les nationalités étaient suffisamment mélangées et le compartimentage social assez atténué.
Comment oserais-je me regarder si je ne portais pas soit un masque, soit des lunettes déformantes?
Ses contorsions n'avaient rien d'excitant; en fait de dévêtement en progression savante, sa danse des sept voiles était une escroquerie.
Amour - vous mord, vous moud, vous cloue, mais vous ouvre âme et corps.
Sueur et cris sous le fer saisonnier - pratiquer en soi-même la culture sur brûlis - vouer son âme à l'écobuage.
Souvent ... face aux occupations jugées presque toutes rebutantes des journées qui viennent, l'obsession écrivassière hante mon louche demi-sommeil.
Me réclamer d'Oreste, ce ne sera toutefois qu'emphatiser burlesquement.
Autour du phare qui s'alimente de la lumière des trophées les devins guettent le vol des éphémères dont les ailes battent et se replient.
Esthète cruel, j'attendis sans bouger la fin du spectacle, me souciant peu du supplice de Tantale qu'à rester là, et le retenant, j'infligeais à mon compagnon qui, lui, n'était pas un dilettante capable d'apprécier la grâce du pas de deux.

Œuvres de Michel Leiris

BriséesFibrillesGlossaire, j'y serre mes gloses (2000)Haut mal (1943)L'Age d'hommeL'Age d'homme (1939)La Règle du Jeu III - Fibrilles (1966)La Règle du Jeu III, Fibrilles (1966)La Règle du Jeu IV, Frêle bruit (1976)Langage tangage ou Ce que les mots me disent (1985)Le Ruban au cou d'Olympia (1981)