Auteur

Marcel Proust

Dans la vie de la plupart des femmes, tout, même le plus grand chagrin, aboutit à une question d'essayage.
Nous ne profitons guère de notre vie, nous laissons inachevées dans les crépuscules d'été ou les nuits précoces d'hiver les heures où il nous avait semblé qu'eût pu pourtant être enfermé un peu de paix ou de plaisir.
La louange la plus haute de Dieu est dans la négation de l'athée qui trouve la Création assez parfaite pour se passer d'un créateur.
La jeunesse une fois passée, il est rare que l'on reste confiné dans l'insolence.
Pour une grande part, la souffrance est une sorte de besoin de l'organisme de prendre conscience d'un état nouveau qui l'inquiète, de rendre la sensibilité adéquate à cet état.
Les contempteurs de l'amitié peuvent, sans illusions et non sans remords, être les meilleurs amis du monde.
Vivez tout à fait avec la femme et vous ne verrez plus rien de ce qui vous l'a fait aimer.
Nous sommes attirés par toute vie qui nous représente quelque chose d'inconnu, par une dernière illusion à détruire.
Notre mémoire et notre coeur ne sont pas assez grands pour pouvoir être fidèles.
Bien souvent, un amour n'est que l'association d'une image de jeune fille - qui sans cela nous eût été vite insupportable - avec les battements de coeur inséparables d'une attente interminable.
Il semble que dans la vie mondaine, reflet insignifiant de ce qui se passe en amour, la meilleure manière qu'on vous recherche, c'est de se refuser.
Comme il n'est de connaissance, on peut dire qu'il n'est de jalousie que de soi-même. L'observation compte peu. Ce n'est que du plaisir ressenti par soi-même qu'on peut tirer savoir et douleur.
On a dit que la beauté est une promesse de bonheur. Inversement la possibilité du plaisir peut être un commencement de beauté.
De même que les peuples ne sont pas longtemps gouvernés par une politique de pur sentiment, les hommes ne le sont pas par le souvenir de leur rêve.
On se souvient d'une atmosphère parce que des jeunes filles y ont souri.
La possession de ce qu'on aime est une joie plus grande encore que l'amour.
Si tranquille qu'on se croie quand on aime, on a toujours l'amour dans son coeur en état d'équilibre instable.
La nature ne semble guère capable de donner que des maladies assez courtes. Mais la médecine s'est annexé l'art de les prolonger.
Quand on veut se rappeler de quelle façon on a commencé d'aimer une femme, on aime déjà; les rêveries d'avant, on ne se disait pas: c'est le prélude d'un amour, faisons attention ; et elles avançaient par surprise, à peine remarquées de nous.
Nous sommes des sculpteurs. Nous voulons obtenir d'une femme une statue entièrement différente de celle qu'elle nous a présentée.
On n'aime que ce en quoi on poursuit quelque chose d'inaccessible, on n'aime que ce qu'on ne possède pas.
Certains philosophes disent que le monde extérieur n'existe pas et que c'est en nous-même que nous développons notre vie.
La douleur est un aussi puissant modificateur de la réalité qu'est l'ivresse.
Quand on se voit au bord de l'abîme et qu'il semble que Dieu vous ait abandonné, on n'hésite plus à attendre de lui un miracle.
Il y a des moments de la vie où une sorte de beauté naît de la multiplicité des ennuis qui nous assaillent.

Œuvres de Marcel Proust

A la recherche du temps perduA la recherche du temps perdu (1918)A la recherche du temps perdu (1918), A l'ombre des jeunes filles en fleursA la recherche du temps perdu (1918), Du côté de chez SwannA la recherche du temps perdu (1918), la FugitiveA la recherche du temps perdu (1918), la PrisonnièreA la recherche du temps perdu (1918), le Côté de GuermantesA la recherche du temps perdu (1918), le Temps retrouvéA la recherche du temps perdu, A l'ombre des jeunes filles en fleurs (1919)A la recherche du temps perdu, A l'ombre des jeunes filles en fleurs (1919), IA la recherche du temps perdu, Albertine disparue (1925)A la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann (1913)A la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann (1913), I, 2A la recherche du temps perdu, La Prisonnière (1923)A la recherche du temps perdu, Le Côté de Guermantes (1921-1922)A la recherche du temps perdu, Le Temps retrouvé (1927)A la recherche du temps perdu, Le Temps retrouvé (1927), II, 3Albertine disparue (1925)Albertine disparue (1925), IVChroniques