Auteur

Louis Philippe, comte de Ségur

Toute autorité contestée et mécontente de ses limites cherche à obtenir par la crainte ce qu'elle ne peut obtenir par la loi.
Le pouvoir est ombrageux par sa nature, comme la liberté est méfiante par son essence.
Pour maintenir le respect du pouvoir absolu, il faut qu'il brille de l'éclat de la victoire; et la gloire militaire est ce qui fait le plus d'illusions sur la perte de la liberté.
Un pouvoir qui s'élève en s'isolant devient d'autant plus fragile qu'il est plus haut, qu'il se prive de solidité en se privant de base, et qu'aucune force ne peut s'appuyer que sur ce qui résiste.
Un pouvoir engagé dans la route sanglante de l'injustice ressent la crainte qu'il inspire, éprouve la haine qu'il excite: c'est une pente funeste et glissante où l'on ne peut ni s'arrêter ni reculer.
Tout pouvoir qui prend, au lieu de loi, la force pour appui, est à la fin renversé par elle.
En politique, comme en architecture, la symétrie est indispensable: sans parler d'hierarchie héréditaire, il faut différents étages pour bâtir; et, en toute construction, égaliser c'est démolir.
Les manifestes sont les voiles de la politique.
On devinerait presque toutes les énigmes de la politique, si l'on voulait d'abord bien étudier les bonnes ou mauvaises qualités de ceux qui la dirigent.
Tout gouvernement qui est forcé à une paix désavantageuse ne la fait que pour se reposer, panser ses blessures, réparer ses forces, et se préparer à la vengeance.
Les seules paix un peu durables sont les paix modérées, parce qu'elles ne laissent point de ressentiment.
A la guerre la fortune se range presque toujours du côté de ceux qui la méprisent.
Un allié trop puissant devient souvent plus redoutable qu'un ennemi.
Presque toutes les fautes reprochées à la tyrannie peuvent être attribuées à la servilité des victimes qui la flattent tant qu'elle les épargne, et qui ne l'accusent que lorsqu'elles en sont frappées.
La tyrannie la plus violente sert toujours la nécessité de voiler ses noirs desseins sous des formes légales.
La pire des tyrannies, est celle qui opprime la pensée.
La tyrannie ne s'aperçoit de ses erreurs qu'au moment où elle sent le besoin de l'esprit public qu'elle a détruit.
Le premier masque des tyrans est presque toujours populaire.
Les tyrans redoutent les historiens, comme les brigands craignent les juges.
Il n' existe pas de tyrans pires que ceux qui ont commencé leur vie dans la servitude; ils exercent le pouvoir comme une vengeance.
Lorsque l'ambition s'empare de l'âme, elle y étouffe tout autre sentiment; dès qu'elle parle, la nature se tait.
Dans tout pays libre le danger commun rallie les esprits; et la tranquillité intérieure y règne, lorsque la paix extérieure est troublée.
Le despotisme est condamné à l'inconséquence, puisqu'il est par lui-même tout ce qu'on peut concevoir de plus opposé à la raison, à la nature, et à la justice.
La vraie clémence consiste non à pardonner, mais à oublier: il y a des pardons qui offensent; ils gravent l'injure au lieu de l'effacer, et tuent la reconnaissance en l'exigeant.
Lorsqu'on veut animer la multitude, l'accumulation des griefs a plus de force que leur vraisemblance.

Œuvres de Louis Philippe, comte de Ségur

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