Auteur

Joseph Joubert

Il faut une force physique pour maintenir une force morale, comme il faut un flacon pour contenir une liqueur spiritueuse. Donc, loi au droit et force à la loi.
On apprend plus à être roi dans une page du Prince que dans les quatre volumes de l'Esprit des Lois.
Quiconque passe au-delà manque le but.
Le peuple dit que, dans la maladie, la santé se repose.
Conservons un peu d'ignorance, pour conserver un peu de modestie et de déférence à autrui.
Otez le beau, vous ôtez la moitié de la morale; la moitié de ses règles. On n'a plus qu'un critérium; avec le beau, on en a deux: le bien et lui.
La musique et les airs connus. Ou: il n'y a pas de musique plus agréable que les variations des airs connus.
Les enfants et les esprits faibles demandent si le conte est vrai. Les esprits sains examinent s'il est moral, s'il est naïf, s'il se fait croire.
Il faut du moins être clair lorsque l'on n'est pas lumineux et c'est ce qu'étoient tous les Grecs.
Quand on peint une chose intérieure, on peint une chose enfoncée. Or l'enfoncement, quelque éclairé qu'il puisse être, ne peut jamais offrir l'uniforme et vive clarté d'une surface.
Croyez que l'expérience de beaucoup d'opinions donne à l'esprit qui les a eues beaucoup de flexibilité et l'affermit en même temps dans celles qu'il croit les meilleures.
Pensez aux maux dont vous êtes exempt.
Le talent a-t-il donc besoin de passions? Oui, il a besoin de beaucoup de passions réprimées.
Les petits ont peu de passions, ils n'ont guères que des besoins.
La vue est enthousiaste. Les aveugles n'admirent rien.
A les entendre, on croirait que rien n'est si aisé que de dire ce qu'on pense, et il n'est pas même aisé de le savoir au juste.
La perfection se compose de minuties. Le ridicule est de les mettre hors de leur place et n'est pas de les employer.
On est ferme par principes, on est têtu par caractère ou plutôt par tempérament. Le têtu est celui dont les organes, quand ils ont une fois pris un pli, n'en peuvent plus ou n'en peuvent de longtemps reprendre un autre.
La crainte est un sentiment. La prévoyance est une opération de l'esprit. Prévoir les maux, ce n'est pas craindre.
Par la politesse, dès le premier abord, les hommes qui n'ont pas encore eu le temps de savoir s'ils ont du mérite commencent par s'en supposer, c'est à dire par faire ce qui peut mutuellement leur être le plus avantageux ainsi que le plus agréable.
Il faut se piquer d'être raisonnable, mais non pas d'avoir raison; de sincérité et non pas d'infaillibilité.
Si la prière ne change pas notre destin, elle change nos sentiments, utilité qui n'est pas moindre.
Le mérite a besoin d'enseigne et aux yeux de la foule la richesse et la puissance l'indiquent seules.
Les affaires. Elles seules donnent du poids en ployant l'esprit vers la terre.
Toute naïveté court le risque d'un ridicule et n'en mérite aucun. - Dans toute naïveté, il y a confiance sans réflexion. - Toute naïveté est témoignage d'innocence.

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