Auteur

Joseph Joubert

L'histoire ancienne, ce miroir où l'on aime à voir le temps présent représenté.
C'est par son humeur qu'on plaît ou qu'on déplaît et par le fonds de son caractère qu'on se fait aimer ou haïr.
Il y en a qui n'ont tout leur esprit que lorsqu'ils sont de bonne humeur, et d'autres que lorsqu'ils sont tristes.
Toutes les manières de nous exprimer sont bonnes quand elles nous font bien entendre. Ainsi, si la clarté de nos pensées éclate mieux par quelque jeu de mots, le jeu de mots est bon en ce cas là.
Mettre du sérieux ou du grave dans la plaisanterie. C'est toujours le sérieux ou le grave qui attache l'âme tandis que la plaisanterie amuse l'esprit.
Chateaubriand me disait hier: «Il en est des idées comme de ces sources qu'on fait naître sous ses pas sans y penser en pressant la terre du pied.» On les trouve en se promenant et en pensant à autre chose, pendant le chemin de la vie.
Sans ignorance, point d'amabilité. Quelque ignorance doit entrer nécessairement dans le système d'une excellente éducation.
L'illusion est dans les sensations. L'erreur est dans les jugements. On peut à la fois connaître la vérité et jouir de l'illusion.
L'imagination est le goût. La raison est sans appétits: la vérité et la justesse lui suffisent.
Qu'importe en effet que les idées soient innées ou ne le soient pas, si nous les avons inévitablement et presque aussitôt que les premières notions (notions communes à tous) qui leur servent, dit-on, d'origine et de matériaux?
Ces sortes d'éphémérides écrites n'entreraient pas utilement dans la place d'une bonne vie, où l'oubli est aussi nécessaire que le souvenir.
A la question: est-il coupable? il faudrait en ajouter une autre: est-il incorrigible?
Tout accusé fut censé innocent; bientôt tout accusateur fut censé vertueux.
Il est dans l'ordre qu'une peine inévitable suive une faute volontaire.
Il y a des indulgences qui sont un déni de justice.
On demande sans cesse de nouveaux livres, et il y a dans ceux que nous avons depuis longtemps, des trésors inestimables de science et d'agrément qui nous sont inconnus parce que nous négligeons d'y prendre garde.
De ceux à qui le monde ne suffit pas: les saints, les conquérants, les poètes et tous les amateurs des livres.
Le papier est patient, mais le lecteur ne l'est pas.
Peu de livres peuvent plaire toute la vie. Il y en a dont on se dégoûte avec le temps et la sagesse ou le bon sens, comme des passions. - Les beaux ouvrages n'enivrent point, mais ils enchantent.
Etre libre n'est pas faire ce qu'on veut, mais ce qu'on a jugé meilleur et plus convenable.
On se ruine l'esprit à trop écrire. - On le rouille à n'écrire pas.
En littérature aujourd'hui on fait bien la maçonnerie, mais on fait mal l'architecture.
Et ce ne serait peut-être pas un conseil peu important à donner aux écrivains que celui-ci: - N'écrivez jamais rien qui ne vous fasse un grand plaisir.
Raisonner, argumenter. C'est marcher avec des béquilles dans la recherche de la vérité. Le pénétrant l'atteint d'un saut. Il faut se servir du raisonnement pour s'assurer qu'on est au but et qu'on a fait tout le chemin.
Tout ce qui a des ailes est hors de l'atteinte des lois.

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