Auteur

Jean Racine

D'autres temps, d'autres soins!
Annibal l'a prédit, croyons-en ce grand homme, - Jamais on ne vaincra les Romains que dans Rome.
Quoi! de quelque côté que je tourne ma vue, - La foi de tous les coeurs est pour moi disparue? - Tout m'abandonne ailleurs? Tout me trahit ici?
L'amour avidement croit tout ce qu'il souhaite.
J'ai vengé l'univers autant que j'ai pu: - La mort dans ce projet m'a seule interrompu.
Tout m'afflige et me nuit, et conspire à me nuire.
Noble et brillant auteur d'une triste famille, - Toi, dont ma mère osait se vanter d'être fille, - Qui peut-être rougis du trouble où tu me vois, - Soleil, je te viens voir pour la dernière fois.
Mais ne différez point: chaque moment vous tue. - Réparez promptement votre force abattue, - Tandis que de vos jours, prêts à se consumer, - Le flambeau dure encore, et peut se rallumer.
Le voici. Vers mon coeur tout mon sang se retire. - J'oublie, en le voyant, ce que je viens lui dire.
Est-ce un malheur si grand que de cesser de vivre? - La mort aux malheureux ne cause point d'effroi.
Avec quelle rigueur, Destin, tu me poursuis! - Je ne sais où je vais, je ne sais où je suis.
Un jour seul ne fait point d'un mortel vertueux - Un perfide assassin, un lâche incestueux.
Que ne peut la frayeur sur l'esprit des mortels?
Hâtons-nous aujourd'hui de jouir de la vie, - Qui sait si nous serons demain!
La peur d'un vain remords trouble cette grande âme: - Elle flotte, elle hésite; en un mot, elle est femme.
Est-il d'autre bonheur que la tranquille paix - D'un coeur qui t'aime?
Par cette fin terrible, et due à ses forfaits, - Apprenez, roi des Juifs, et n'oubliez jamais - Que les rois dans le ciel ont un juge sévère, - L'innocence un vengeur, et l'orphelin un père.
La victoire, Créon, n'est pas toujours si belle: - La honte et les remords vont souvent après elle.
La honte suit toujours le parti des rebelles; - Leurs grandes actions sont les plus criminelles: - Ils signalent leur crime en signalant leur bras, - Et la gloire n'est point où les rois ne sont pas.
Plus l'offenseur m'est cher, plus je ressens l'injure.
Est-ce au peuple, Madame, à se choisir un maître? - Sitôt qu'il hait un roi, doit-on cesser de l'être?
Le moindre des tourments que mon coeur a soufferts - Egale tous les maux que l'on souffre aux enfers. - ... - (Les dieux) Prennent-ils donc plaisir à faire des coupables, - Afin d'en faire après d'illustres misérables?
Et le sang d'un héros, auprès des Immortels, - Vaut seul plus que celui de mille criminels.
Un trône est plus pénible à quitter que la vie: - La gloire bien souvent nous porte à la haïr; - Mais peu de souverains font gloire d'obéir.
L'on hait avec excès lorsque l'on hait un frère.

Œuvres de Jean Racine

A M. VitartAbrégé de l'Histoire de Port-RoyalAbrégé de l'histoire de Port Royal (édition posthume 1767)Alexandre le grand (1665)Alexandre le grand (1665), III, 2Andromaque (1667)Andromaque (1667), I, 1Andromaque (1667), I, 1, OresteAndromaque (1667), I, 1, PyladeAndromaque (1667), I, 2, PyrrhusAndromaque (1667), I, 4, AndromaqueAndromaque (1667), I, 4, PyrrhusAndromaque (1667), II, 1Andromaque (1667), II, 1, HermioneAndromaque (1667), II, 2, OresteAndromaque (1667), II, 5Andromaque (1667), II, 5, PyrrhusAndromaque (1667), III, 1Andromaque (1667), III, 1, OresteAndromaque (1667), III, 1, Pylade