Auteur

Jean Antoine Petit, dit John Petit-Senn

Si vite que l'on aperçoive qu'un parvenu est riche, on reconnaît plus vite encore qu'il ne l'a pas toujours été.
L'influence de la prière matinale se retrouve dans les actions de la journée, comme après un concert l'oreille garde le souvenir d'harmonieux accords.
Les gens entachés de friponnerie font de la politique une lessive, et, pour se blanchir à nos yeux, les lavent dans nos opinions.
Le génie dans les arts et la truffe dans les champs s'affranchissent des règles de la culture; on les trouve sans pouvoir les reproduire.
Acquérir la connaissance de soi-même, c'est s'approvisionner d'indulgence pour autrui.
L'athée, cherchant en vain Dieu dans la nature, me semble l'ombre niant le soleil qui ne la frappe jamais.
Avant de secourir l'infortuné, on s'informe des raisons de sa misère, et l'on partage les plaisirs d'un parvenu sans se soucier de l'origine de sa richesse.
Quand nos amis vivent, nous voyons les qualités qui leur manquent; s'ils meurent, nous nous souvenons de celles qu'ils avaient.
Il faut moins de mérite pour découvrir les défauts d'autrui que pour les supporter.
Le mérite que nous montrons dans un emploi nous y fait moins apprécier que l'incapacité de notre successeur.
Le silence, pour le criminel, retentit du cri de sa conscience, et la solitude se peuple de ses remords.
Le plus léger incident peut mettre à découvert la trame la mieux ourdie, comme un brouillard, tombé sur une toile d'araignée, en fait apparaitre les moindres fils.
Si peu que l'esprit coûte à la bonté, il est payé trop cher.
L'amour est comme les corps francs, la légalité le tue.
En politique, les couleurs tranchées le modifient peu par la discussion; ainsi le meunier et le ramoneur qui se battent ne se rendent ni blancs ni noirs, mais tout au plus gris.
Un homme mécontent de tout le monde est rarement satisfait de lui-même.
Un bon coeur sert nos amis mieux que nos intérêts.
Pour le bonheur de sa république Platon en bannissait les poètes; mais c'est pour leur bonheur qu'on les bannirait aujourd'hui de la nôtre.
Il semble à l'envieux que ce qu'on accorde de mérite aux autres est retranché du lien.
Il est des êtres si nuls, qu'ils se montrent partout sans qu'on les voie nulle part.
La moralité de certaines gens consiste à éviter le pilori et à se mettre en règle avec la potence.
Aux yeux des gens dont nous partageons les opinions, nos vices diminuent de moitié et nos vertus croissent du double.
Une foi aveugle vaut mieux qu'un doute éclairé; car, pour un chrétien, croire c'est espérer.
Le pied du sauvage imprimé dans le sable indique la présence de l'homme à ce même athée qui nie un Dieu dont la main est empreinte sur l'univers entier.
En obtenant une faveur pour celui qui en est digne, nous sommes souvent moins flattés de faire rendre justice à son mérite que de ce qu'on accorde à notre influence.

Œuvres de Jean Antoine Petit, dit John Petit-Senn

Bluettes et boutades (1846)