Auteur

Hubert Aquin

L'amour donne le vertige, mais son vertige, si intolérable qu'il soit, est un délice infini.
On ne feuillette pas le temps, c'est lui qui effeuille nos vies.
La pudeur est un voile dont on s'habille par amour pour une seule personne devant qui on est impudique.
Un ami ce n'est pas encombrant. On le laisse quand on trouve mieux.
Il y a en moi un empire de résignation lucide que ne franchissent aucune peine, aucune joie me venant du monde.
L'esprit anéantit son propre lyrisme.
Les trop vites résignés ont des mentalités de déserteurs : ils ont peur de la ligne de feu. On accepte si facilement la lâcheté des autres que pour excuser celle que l'on a.
Le propre de l'art est de surprendre l'homme en flagrant délit ; même celui qui s'attend à tout, garde toujours un secret effroyable ou grandiose.
Les tragédies soutenues sont un luxe, leur épanouissement tient à une certaine disponibilité dans l'existence.
La vie nous oblige à insister grossièrement sur des choses qui ne mériteraient que l'effleurement le plus léger.
L'attente rend fanatique.
Il ne faut pas exiger de chaque détail la plénitude de sens que doit donner l'ensemble.
Le bonheur nous noie, le malheur nous concentre sur nous-mêmes.
Le défaitiste se console de l'avenir dans le présent.
On ne résiste pas par le refus, mais par l'affirmation fanatique de soi.
Une femme veut qu'on ait pas besoin d'elle, pour lui laisser le bonheur immense d'avoir besoin de nous.
Le fantastique n'est fantastique que par rapport à une réalité normale : sa force est de contraste et d'invraisemblance. Mais pour que l'invraisemblable ait du relief, il doit se détacher d'un contexte vraisemblable.
Même sincère, notre langage est voilé, plein de signes et de mensonges.
La passion est, dans toute la force du mot, une excentricité.
La distraction est, par essence, confiscation du recueillement.
C'est toujours le même remords que l'on traîne toute sa vie qui s'empare de la conscience à la moindre occasion et lui gâte son plaisir. C'est une maladie sournoise qui laisse des répits trompeurs, mais qui ne quitte jamais l'organisme.
Le désespoir est l'invention des paresseux.
Le problème de la distance est l'envers de toutes les relations avec le réel. Tout s'évalue en distance.
L'exil correspond à un distancement schizoïde de la réalité. Choisir l'exil, c'est briser un lien relativement intolérable avec des gens, soi, le réel.
Le malheur est l'état normal de l'artiste ; et comme le malheur est relatif à la sensibilité, il est improbable qu'un grand artiste se contente d'un petit malheur. Voir Baudelaire, Byron, Poe. Une certaine échéance pèse sur ma vie - et je la repousse autant que je la crains

Œuvres de Hubert Aquin

JournalL'Invention de la mort (1991)La Neige noire (1974)