Auteur

Gustave Thibon

Le doute est un poison pour la conviction et un aliment pour la foi.
La lumière, qui fait voir toute chose, se voit elle-même comme un néant...
Règle de vie: toujours essayer de réduire mes propres souffrances à ce qu'elles ont d'universel et d'anonyme, et considérer celles des autres comme uniques et irréductibles.
Nommer, c'est en un sens éterniser, c'est tirer la chose exprimée hors du chaos où tout se confond et du temps où tout se succède.
La déception ne doit pas être un mur qui nous renvoie à nous-mêmes, mais un fleuve qu'il faut franchir pour passer du côté temporel au côté éternel des choses.
J'ai peur que nous ne marchions vers une espèce de paradis à ras de terre où, nos pieds ne rencontrant plus d'obstacles, nos ailes n'auront plus d'emploi.
Faire d'un homme un automate, c'est accomplir ce qui ne devrait jamais être. La pire menace du néant ne vient pas du côté de la mort.
Il faut que chaque génération croie voguer sur une terre vierge aux promesses fabuleuses. Qui donc aurait le courage d'appareiller s'il voyait sur la mer les traces du naufrage des vaisseaux qui l'ont précédé?
Certains moralistes acharnés à compliquer la vie des âmes simples ressemblent à je ne sais quels agents sanitaires sans discernement qui voudraient javelliser l'eau de roche...
Rien de ce qui arrive dans le temps n'est vraiment une arrivée: la mort seule fait le joint entre l'événement et l'être.
La naissance est à la mort ce qu'est la promesse des fiançailles à la nuit de noce: c'est la mort qui consomme (dans les deux sens du mot: parfaire et détruire) le mariage entre l'âme et le temps.
L'unique voeu qui surnage en moi est que ma mort ne ressemble pas à ma vie: qu'elle soit sans mensonge.
Il faut que l'arbre soit à demi arraché pour que ses racines - plongées habituellement dans la nuit - deviennent conscientes et sensibles.
Vieillesse qui avance. Mourrai-je par rupture ou par usure? Par la lumière qui se dérobe ou par le regard qui s'éteint? Je préfère voir l'univers mourir brutalement pour moi que lentement en moi.
L'amour sans éternité s'appelle angoisse: l'éternité sans amour s'appelle enfer.
La mort est l'aspect temporel de l'éternité.
Il est difficile de ne pas idéaliser le passé quand l'être aimé est mort. Il est encore plus difficile de ne pas calomnier le passé quand l'être aimé a trahi.
Il n'y a rien, rien, rien. Mais s'il n'y a rien, quelle est donc cette lumière qui me révèle le rien?
L'homme ne sait pas ce qu'il veut, mais il sait très bien qu'il ne veut pas ce qu'il a.
On aime la lumière à cause des objets qu'elle éclaire. Il faudrait arriver à aimer les objets éclairés à cause de la lumière.
Présente, tu tiens dans tes limites, tu n'es que toi-même et le reste de l'univers me distrait de toi. Absente, tu es partout comme Dieu; rien ne te contient et tout t'évoque. Cela m'aide à comprendre l'absence omniprésente de Dieu.
La difficulté de trouver l'aliment grandit en fonction de la pureté de la faim.
Les saints sont ceux qui vivent, éveillés, la beauté et l'amour que les autres n'entrevoient qu'en songe...
Plus le troupeau est troupeau, plus le pasteur est seul. Il faut que, de temps en temps, une brebis s'égare pour qu'une solitude vienne parler à la sienne.
Le premier devoir du philosophe est de dépoussiérer les vérités premières...

Œuvres de Gustave Thibon

ApocrypheAux ailes de la lettre..., pensées inédites (1932-1982) (2006)Ce que Dieu a uni (1967)Destin de l'homme (1941)Diagnostics (1940)L'ignorance étoilée (1974)L'ignorance étoilée (1974), Avant-proposL'échelle de Jacob (1942)L'équilibre et l'harmonie (1976)Le Pain de chaque jour (1945)Vous serez comme des dieux (1954)