Auteur

Guillaume Charles Antoine Pigault de l Espinoy dit Pigault Lebrun

Les grands hommes ressemblent aux corps célestes : leur influence s'étend partout.
La guerre n'est pas toujours un mal réel pour un état. Elle est quelquefois l'unique remède aux troubles qui le déchirent.
On ne hait pas celui qu'on méprise. On hait l'homme dont les qualités balancent celles qu'on croit avoir, et dont les prétentions sont en opposition avec celles qu'on a.
Souvent la haine et l'amitié se touchent. La première peut disparaître devant le flambeau de la vérité.
L'homme est né méchant. Il ne faut, pour s'en convaincre, qu'examiner un enfant. Son plus grand plaisir est de détruire, et il se venge, sur ses joujoux, du mal que sa faiblesse ne lui permet pas de faire aux individus.
Les hommes sont comme les mots, on ne les met pas toujours à leur place. Ils valent trop ou trop peu pour ce à quoi on les emploie.
Vouloir bien connaître les hommes, c'est se préparer des dégoûts. Cette étude doit conduire à l'insensibilité, et même à la misanthropie.
L'honneur, dit Montesquieu, est le ressort du gouvernement monarchique, comme la vertu est celui du gouvernement républicain. Tout s'use, tout passe. L'honneur s'éteint ; les vertus disparaissent ; les gouvernements tombent.
L'humilité est une justice que se rend la bassesse. C'est une attitude qu'il faut laisser à qui est assez méprisable pour la prendre. Relever un tel être, c'est réchauffer un serpent.
Le jeu est pour la société, ce que sont les spectacles pour une grande ville. Il y a trois heures dans la journée qu'on pourrait employer plus mal.
Les gens médiocres copient servilement. Les esprits supérieurs commencent par imiter, et finissent par servir de modèles.
L'homme impétueux est digne de pitié. La morale le corrige moins qu'elle ne le punit. Il passe sa vie à céder à son premier mouvement, à se le reprocher, à se promettre de le réprimer, et à y céder encore.
Un importun doit être un sot ou un méchant, pour ne pouvoir ou ne vouloir pas sentir combien il importune.
L'ingratitude est un vice double, en ce qu'elle dégrade celui qui en est atteint, et qu'elle ferme le coeur de l'homme bienfaisant.
Tous les hommes devraient être justes, car tous exigent qu'on le soit envers eux. Pourquoi presque tous les hommes sont-ils injustes ? parce qu'ils ont sur les yeux le voile des passions.
La mémoire fait quelquefois à l'esprit le tour que certains chimistes ont joué à des gens simples. Ceux-ci ont cru avoir fait l'or que les autres avaient glissé dans le creuset.
Mépriser les richesses, c'est ressembler au renard de La Fontaine. Le sage ne les méprise point, il les craint.
La timidité et la modestie sont loin d'être la même chose. C'est l'orgueil qui rend timide, c'est l'amour-propre qui rend modeste.
La mollesse est au moins le sommeil des vertus.
La morale est quelquefois le tyran de l'esprit, et presque toujours l'esclave du coeur.
Les moralistes ressemblent aux chimistes. Ils préparent des remèdes pour les autres, et s'en servent rarement.
Bien des gens craignent la mort, parce qu'ils craignent la douleur : ils ne devraient craindre que d'être malades.
L'orgueil est un miroir devant lequel nous faisons passer nos actions et celles des autres. Nous avons soin de ternir la glace, quand nous craignons de la trouver trop fidèle.
Juger le bien, l'aimer, le faire ; attaquer sans ménagement les vices et les erreurs nuisibles, c'est être philosophe.
La politesse a remplacé la cordialité, lorsqu'on a substitué l'apparence aux vertus.

Œuvres de Guillaume Charles Antoine Pigault de l Espinoy dit Pigault Lebrun

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