Auteur

Fatou Diome

Les amitiés d'enfance résistent parfois au temps, jamais à la distance.
On est assez mièvre pour s'écrier devant les nouveau-nés: Ah qu'il est mignon! Il ne sont jamais beaux, il n'y a que la naissance en elle-même qui soit belle.
L'entrejambe d'une femme, l'alpha et l'oméga de l'homme: il naît de là, et toute sa vie y retourne.
C'est curieux, quelle que soit la dimension sociale, morale et physique d'un homme, on arrive toujours à le ranger entre les deux jambes d'une femme.
N'oublie pas que la main qui sait battre sait aussi caresser.
Au royaume de la polygamie, on ne tire pas sur la barbe de Dieu.
Le sang oublie souvent son devoir, mais jamais son droit.
D'où qu'elle vienne, l'intime conviction restera toujours plus poétique, plus forte et plus rassurante que la réalité.
On ne se jette pas dans des bras croisés: leur dédain me dispensait de toute formalité. Même assoiffé d'affection, on n'embrasse pas les oursins.
Le secret est un lait sur le feu, il finit par se répandre si on n'y prend pas garde.
La pire indécence du XXIe siècle, c'est l'Occident obèse face au tiers-monde rachitique.
Le chasseur solitaire est le seul à connaître le prix que lui a coûté son gibier.
Le sentiment d'appartenance est une conviction intime qui va de soi; l'imposer à quelqu'un, c'est nier son aptitude à se définir librement.
Malheureux celui qui lit sa gloire dans le regard versatile du public.
Il arrive qu'un individu devienne le centre de votre vie, sans que vous ne soyez lié à lui ni par le sang ni par l'amour, mais simplement parce qu'il vous tient la main, vous aide à marcher sur le fil de l'espoir, sur la ligne tremblante de l'existence.
Que signifie la liberté, sinon le néant, quand elle n'est plus relative à autrui.
Sa berlue il n'y pouvait rien. Le tiers-monde ne peut voir les plaies de l'Europe, les siennes l'aveuglent; il ne peut entendre son cri, le sien l'assourdit.
La nostalgie est ma plaie ouverte et je ne peux m'empêcher d'y fourrer ma plume. L'absence me culpabilise, le blues me mine, la solitude lèche mes joues de sa longue langue glacée qui me fait don de ses mots.
Les amitiés d'enfance résistent parfois au temps, jamais à la distance; la différence des itinéraires nous sépare et ne nous laisse qu'une liste de prénoms qui, petit à petit, perdent leur tête et leur mélodie autrefois rassurante.
Ici, point de hasard, chaque pas mène vers un résultat escompté; l'espoir se mesure au degré de combativité. Ambiance Technicolor, on marche autrement, vers un destin intériorisé, qu'on se fixe malgré soi, sans jamais s'en rendre compte.
Dans le désert, on peut toujours tomber sur une oasis.
Quand on a les dents longues, il faut avoir les gencives solides.
Pour les pauvres, disait-il, vivre c'est nager en apnée, en espérant atteindre une rive ensoleillée avant la gorgée fatale.
Les Blancs sont orgueilleux; et comme ils sont riches, ils érigent un monument au moindre de leurs exploits.
Sur la balance de la mondialisation, une tête d'enfant du tiers-monde pèse moins lourd qu'un hamburger. Et les femmes persévèrent! Aveugles ou aveuglées, elles courent au sacrifice, sur l'autel de la maternité.

Œuvres de Fatou Diome

Celles qui attendent (2010)Impossible de grandir (2013)Inassouvies, nos vies (2008)La Préférence nationale (2001)Le Gros Journal de Canal+, 22 mars 2017.Le Ventre de l'Atlantique (2003)Le Vieil Homme sur la barque (2010)