Auteur

Etienne Coenilhé

On loue la beauté d'une jeune fille avant même qu'elle s'en aperçoive; mais, ensuite, elle s'obstine à l'admirer lorsque les autres n'y pensent plus.
L'empire des sens est bien plus étendu que celui de la raison; c'est pourquoi l'on forme des doutes sur les discours, et l'on décide sur les exemples.
Nous reconnaissons les autres dans leurs défauts, et nous tâchons toujours de nous reconnaître dans leurs bonnes qualités.
On donne souvent un tour si malin aux fautes que l'on critique dans les autres, que l'on ne serait pas si coupable de les avoir faites et de n'en point parler.
Il en est des espérances comme des prédictions : pour une qui réussit, il y en a mille qui sont fausses.
La jalousie, qui semble n'avoir pour objet que la personne qu'on aime, prouve cependant mieux que toutes les autres passions que l'on n'aime que soi-même.
La jalousie semble annoncer sans cesse qu'elle veut cacher un trésor qu'on peut enlever avec facilité.
Il est permis d'être plus habile que les autres, mais il est dangereux de le paraître.
Quand on a besoin des autres, il est plus important de connaître leurs défauts que leurs bonnes qualités.
Quand on parle de soi, on doit toujours craindre de devenir sot.
Pendant la vie de certains grands, on ajoute souvent foi aux discours des flatteurs; mais, après leur mort, on interprète le silence des gens de bien.
Il y a des gens si habiles, qu'ils trouvent le secret de passer pour modestes et de contenter leur vanité.
Les consolations ne font plaisir qu'à ceux qui sentent qu'ils ne seront pas longtemps affligés.
Il est plus facile aux belles personnes d'être chastes que d'en avoir la réputation.
La plupart des vieilles gens parlent souvent de leur âge et de la mort; mais il y en a peu qui veulent qu'on leur en parle.
Quoique la vraie félicité soit inséparable de la vertu, on veut toujours être heureux avant que de devenir sage.
On lâche volontiers d'inspirer de l'amour à la personne qu'on veut épouser; mais bientôt on croit que c'est à elle à nous en donner.
Il n'y a presque personne qui ne fût plus obligeant, s'il était plus assuré de la reconnaissance.
Les plus habiles gens auraient fait de grandes sottises dans certaines occasions, si les sots n'avaient pris les devants.

Œuvres de Etienne Coenilhé

Pensées diverses