(Le langage) peut se servir de nous quand nous pensons nous servir de lui.
L'idéalisme tend vers le bureaucrate, le bureaucrate vers l'idéalisme.
La matière, c'est ce qui ne dure pas.
La nature de l'esprit comporte qu'il n'est jamais serf de ce qu'il considère, mais de ce qu'il néglige.
La pensée est révolutionnaire, ou elle n'est pas.
Le bourgeois croit qu'il est dans le même rapport avec le prolétaire que l'âme avec le corps.
Le bourgeois ne prétend pas que les choses aillent bien; tout ce qu'il affirme, c'est qu'elles ne peuvent aller mieux.
Le capitalisme ne peut être pensé que par le communisme.
Le propre du conformisme, c'est de n'être point senti par ceux qu'il domine.
Le véritable Eros est muet et tout notre discours ne peut porter ici que sur notre impuissance.
Les peintres modernes sont les premiers à avoir pris parti pour eux-mêmes. A s'être préférés.
Toute vie est un échec puisque aussi la mort la termine.
De ma maison de campagne isolée, j'ai vu le président Kennedy s'effondrer à Dallas, dans son automobile, à la seconde même où il était frappé. - Quand nos égoïsmes nous empêchent de nous sentir concernés, ils ne peuvent faire que nous ne soyons informés.
Bien sûr, je ne crois pas aux fantômes... Les morts n'en sont pas moins, bien souvent, bien étranges.
Les biologistes ne peuvent pas ne pas redouter et dénoncer les scléroses: la vie se retire de tout ce qui perd sa naturelle souplesse. Mais ils ne peuvent pas non plus ne pas redouter le désordre qui dans leur domaine signifie la mort.
Nos vies dépendent toutes des ressources de la biosphère, qu'on ne peut découper en tranches.
Si le lac de Genève devient un cloaque, le Rhône deviendra un égout et les habitants de Vienne n'en souffriront pas moins que ceux de Lausanne.
Le monde est devenu un, et nos esprits accoutumés aux cloisonnements ne s'en rendent pas compte.
Pourquoi cette Europe, qui a conquis les cinq parties du monde, a-t-elle honte de les avoir colonisées? Nous nous reprochons d'avoir bâti Casablanca, alors que les Romains étaient tout fiers d'avoir détruit Carthage.
Si notre monde n'est pas un pour le bien, il l'est sans conteste pour le mal.
L'écologie tend à combler le fossé que l'industrie a creusé entre l'homme et les animaux.
Susceptible d'élevage, comme les autres espèces, l'humanité y répugne parce qu'elle révoque toujours en doute ses valeurs et ses fins.
Le patriotisme, l'amour simple du citoyen pour l'air natal, les lieux où il a grandi sont, à mon estime, en recul depuis Michelet.
Œuvres de Emmanuel Berl