Auteur

Emile Nelligan

Pleurez, oiseaux de février, - Au sinistre frisson des choses, - Pleurez, oiseaux de février, - Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses, - Aux branches du genévrier.
Que reste-t-il de lui dans la tempête brève? - Qu'est devenu mon coeur, navire déserté? - Hélas! Il a sombré dans l'abîme du Rêve!
Tout se mêle en un vif éclat de gaieté verte - O le beau soir de mai! Tous les oiseaux en choeur, - Ainsi que les espoirs naguère à mon coeur, - Modulent leur prélude à ma croisée ouverte.
Je suis gai! je suis gai! Dans le cristal qui chante, - Verse, verse le vin! verse encore et toujours, - Que je puisse oublier la tristesse des jours, - Dans le dédain que j'ai de la foule méchante!
Les cloches ont chanté; le vent du soir odore... - Et pendant que le vin ruisselle à joyeux flots, - Je suis gai, si gai, dans mon rire sonore, - Oh! si gai, que j'ai peur d'éclater en sanglots!
Rien n'est plus doux aussi que de s'en revenir - Comme après de longs ans d'absence, - Que de s'en revenir - Par le chemin du souvenir - Fleuri de lys d'innocence - Au jardin de l'Enfance.

Œuvres de Emile Nelligan

La romance du vin (1899)Le Vaisseau d'orLe jardin d'antanSoir d'hiver