L'homme se forme par la peine; ses vrais plaisirs, il doit les gagner, il doit les mériter. Il doit donner avant de recevoir. C'est la loi.
Auteur
Emile-Auguste Chartier, dit Alain
Toutes les autres passions agissent sur les hommes et sur les choses; l'amour fait naître l'amour; la haine, la haine; la colère, la colère.
La poésie est un milieu entre le chant religieux et le cri.
Le premier fruit de la sagesse est le travail.
Penser c'est dire non. Remarquez que le signe du oui est d'un homme qui s'endort. Au contraire le réveil secoue la tête et dit non.
Le saint est l'homme qui se passe de Dieu.
Dans la religion, tout est vrai, excepté le sermon: tout est bon, excepté le prêtre.
Le sourire est la perfection du rire. Car il y a toujours de l'inquiétude dans le rire, quoique aussitôt calmée; mais dans le sourire tout se détend.
Mais dans tout sourire il y a de l'enfance; c'est un oubli et un recommencement.
Le sourire ne fait pas attention; les yeux embrassent tout autour de leur centre.
Mieux on remplit sa vie, moins on craint de la perdre.
Un caractère fort est celui qui se dit à lui-même où il en est, quels sont les faits, quel est au juste l'irréparable, et qui part de là vers l'avenir. Mais ce n'est pas facile et il faut s'y exercer.
Un des secrets du bonheur est d'être indifférent à sa propre humeur; ainsi méprisée, l'homme retombe dans la vie animale, comme un chien rentre dans sa niche.
Un homme n'a guère d'autres ennuis que lui-même. Il est toujours à lui-même son plus grand ennemi, par ses faux jugements, par ses vaines craintes, par son désespoir, par les discours déprimants qu'il se tient à lui-même.
Etre bon avec les autres et avec soi. Les aider à vivre, s'aider soi-même à vivre; voilà la vraie charité. La bonté est joie. L'amour est joie.
L'homme content, s'il est seul, oublie bientôt qu'il est content, toute sa joie est bientôt endormie; il en arrive à une espèce de stupidité et presque d'insensibilité. Le sentiment intérieur a besoin de mouvements extérieurs.
Plus on sort de soi-même et plus on est soi-même, mieux, ainsi on se sent vivre.
Un enfant qui joue est déjà un petit homme; il use d'industrie quand il bâtit des remparts de sable contre la mer, ou quand il essaie de ramener à lui son ballon accroché dans l'arbre.
Gagner sa vie, cela ne fait point peine, et même fait plaisir. Ce qui irrite, c'est l'idée que ce salaire bien gagné ne vienne pas par le travail seul, comme un lièvre pris à la chasse, mais dépende encore de la volonté et du jugement de quelqu'un.
On ne dit pas assez que ce que nous pouvons faire de mieux pour ceux qui nous aiment, c'est encore d'être heureux.
Selon l'idéal démocratique, une élite qui n'instruit pas le peuple est plus évidemment injuste qu'un riche qui touche ses loyers et ses coupons.
Réfléchir, c'est nier ce que l'on croit. Qui croit ne sait même plus ce qu'il croit. Qui se contente de sa pensée ne pense plus rien.
Vivre avec soi et méditer sur soi, cela ne vaut rien.
La musique est peut-être de tous les arts celui qui a le plus de puissance sur nos passions; c'est pourquoi ceux qui aiment trop leurs passions n'aiment point la musique.
On peut se moquer de tout et rire de tout. Je dis d'un rire sain et libre, sans aigreur, sans tristesse, sans la moindre trace de méchanceté.
Œuvres de Emile-Auguste Chartier, dit Alain
81 chapitres sur l'esprit et les passionsAu professeur Mondor.Avec BalzacCahiers de Lorient (1964)Cent un proposCorrespondance avec Romain RollandDans La Dépêche de Lorient, 14 juin 1900.De la guerreDéfinitions (1954)Définitions (1954), EgalitéDéfinitions (1954), TortureDéfinitions (1954), ViolenceDéfinitions (1954), VénielEléments de philosophie (1941)Entretiens au bord de la mer (1931)Esquisses de l'hommeEsquisses de l'homme (1927)HegelHistoire de mes pensées (1936)Histoire de mes pensées (1936), Retour